Agriculture - Editoriaux - Télévision - 20 février 2015

Élevage des “mille vaches” : si on arrêtait de dire n’importe quoi ?

On a entendu et lu un peu partout, y compris récemment sur ce site, des critiques virulentes sur l’élevage dit “des mille vaches”. Alain Finkielkraut a parlé d’élevage “concentrationnaire”. Que les Verts profèrent des incongruités pareilles, passe encore, mais pas Alain Finkielkraut ! À qui je conserve toute mon admiration par ailleurs. Si “concentration” a des sens différents, “concentrationnaire” ne qualifie que ce qui touche aux camps de concentration.

Or, dans les élevages, les animaux reçoivent en fonction de leurs besoins, il me semble que c’est rarement le cas dans les camps de concentration.

Je voudrais aller plus loin. Un film (Mon oncle d’Amérique) a fait un peu connaître au grand public Henri Laborit, dont les travaux ont permis de décrire et de définir le stress. Sa fille est sûrement plus connue que lui aujourd’hui.

Or, si le stress peut dans de nombreux cas entraîner des réactions salutaires, il est en général mauvais pour la croissance et la production laitière. Les éleveurs doivent donc diminuer autant que possible le stress dans leurs élevages. Par conséquent, éviter la trop grande concentration des animaux, et éviter, autant que possible, toute souffrance.

Les robots de traite sont accusés de “déshumaniser” les élevages. Quel anthropocentrisme aberrant d’imaginer que la vache était contente de voir son trayeur matin et soir ? Est-elle malheureuse d’entrer dans son box de traite automatisée quand elle veut, autant de fois qu’elle le veut (pour autant que le verbe vouloir soit adapté à une vache) ?

On se désole que les vaches n’aient plus de nom mais des numéros, quid de l’anonymat des grandes villes ? S’appellent-elles entre elles ?

On plaint ces « pauvres » vaches qui ne verront pas un brin d’herbe. Et les citadins qui n’ont presque jamais vu de vaches ? Si les vaches voyaient les Parisiens dans le métro, elles seraient mortes de rire !

Est-il raisonnable que des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans un élevage moderne donnent un avis sur ce qu’il devrait être, parce qu’ils ont vu deux âneries à la télévision et entendu des Verts pérorer ? Ah le temps béni où l’on prenait son bidon de fer-blanc pour aller chercher le lait à la ferme.

Que représentent les vaches laitières dans l’imaginaire des citadins pour que ce projet crée une telle réaction ?

On ferait mieux de penser au bien-être des éleveurs qui sont libérés par le robot de traite de l’esclavage que représente la traite matin et soir 365 jours par an (quasiment un emploi plein temps dans la France actuelle) en plus de tout ce qui reste à faire sur l’élevage, le tout pour des queues de cerise.

Si autant d’éleveurs se suicident, ce n’est pas à cause de cet élevage qui vient d’être créé. Alors laissons le monde de l’élevage répondre à sa manière à l’évolution du monde, même si elle ne nous plaît pas. Il n’y a aucune raison de condamner ce type d’élevage au nom du bien-être animal, ni au nom de l’idée qu’on se fait de l’humanité.

À lire aussi

Prélèvement à la source : une augmentation mécanique du pactole !

À la très grosse louche, une augmentation des impôts de plus de sept milliards... …