Editoriaux - Histoire - Politique - 2 février 2017

Élections présidentielles : la macronnerie en marche !

Avec la victoire de Simplet sur Grincheux, la débâcle attendue de Tartarin Valls et la désignation de Benoît Hamon à gauche, et après l’enlisement de François Fillon dans le Penelopegate à droite, la course de l’Électorathlon présidentiel a soudain changé d’allure.

Emmanuel Macron avait la rue devant lui pour marcher, aujourd’hui, c’est une avenue, un boulevard – que dis-je, un boulevard -, une allée élyséenne, bordée d’agences bancaires, qui s’ouvre devant le candidat Rothschild. Porté quotidiennement par les clairons et les tambours médiatiques, la macronnerie est en marche et les marcheurs affluent, attirés par l’espoir d’un nouveau changement pour faire la même chose, mais autrement.

Et le pas devient plus assuré. Sur sa gauche, alors que bon nombre de rats socialistes quittent le navire en perdition pour aller à la soupe, Hamon, Mélenchon et les écologistes vont se disputer comme des chiffonniers les derniers électeurs qui rêvent d’un futur désirable, d’un désir d’avenir ou d’un second changement maintenant et tout de suite. Sur sa droite, le malheureux Fillon, droit dans ses bottes comme un Juppé face aux manifestants, multipliant les arguments qui l’enfoncent un peu plus, s’est empêtré dans le tapis que lui a involontairement tissé sa chère et fidèle Penelope pour qu’il s’y prenne les pieds dedans. Et il est à noter combien, depuis le début, tout s’imbrique à merveille, au point qu’on pourrait parfois se demander s’il n’y a pas eu préméditation et si, depuis un bon moment déjà, de puissantes forces souterraines portent la marionnette. À l’heure qu’il est, un second tour Macron/Le Pen se profile à l’horizon du boulevard, dont le marcheur sortira sans doute vainqueur, grâce à la ritournelle à gogos du front républicain pour barrer la route à l’extrême droite et à la résurrection d’Hitler.

Mais où vont tous ces marcheurs de la macronnerie, et sur quoi repose ce bel élan qui veut remplacer la Belle Alliance populaire ?

Je décrivais, il y a quelques mois, sur ce même site ce qu’est, selon moi, la macronnerie, à savoir une jolie bulle de savon dont le slogan novateur “En marche !” semblait inspiré de celui du président du Venezuela de 1975 à 1979, Carlos Andrés Pérez, lequel se proclamait “El présidente que camina” (le président qui chemine). L’électeur actuel ne supportant plus les politicards de l’ancien système, il s’agit de lui faire croire qu’on est hors système alors qu’on en est le pur produit et qu’on a les deux pieds dedans. En espérant que la bulle n’éclate pas avant l’élection !

Aujourd’hui, la bulle d’air colorée continue de gonfler, alimentée par la pompe médiatique, et personne ne sait ce qu’il y a dedans, puisque l’annonce du programme du candidat recule comme l’horizon des marcheurs – on parle de début mars, de fin mars – et il faut espérer que ce programme ne sera pas révélé au soir du premier tour.

Mais en même temps apparaît, au fil des jours, la deuxième et sans doute la principale caractéristique de la macronnerie : une fuite en avant systématique, une marche permanente et continuelle, entraînant dans son sillage la foule des gogos et des veaux, vaches, moutons français. Je marche donc je suis, et tant que je marche, j’existe.

Jean-Jacques Rousseau marchait en solitaire pour bercer ses pensées et développer une rêverie sur lui-même et sur le sens de l’existence. Macron marche, lui, pour faire oublier le vide qui le porte et éviter de tomber dedans : un peu comme dans ces dessins animés de Tex Avery où l’on voit quelquefois un personnage/animal, à force de courir sans regarder devant lui, se retrouver au-dessus d’un précipice. Mais tant que ses pattes tournent, il tient miraculeusement au-dessus du vide et c’est seulement lorsque le mouvement de ses pattes s’arrête qu’il tombe et se fracasse.

Telle est la macronnerie. Une sorte d’illusion qui devient malédiction politique. Comme le pauvre Sisyphe de Camus qui pousse son rocher pour échapper à son angoisse existentielle, le héros macronien est condamné à marcher, marcher éternellement, car s’il s’arrête, il tombe dans le vide qui lui sert de fondement et disparaît à jamais dans les oubliettes de l’Histoire.

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