Élections législatives au Maroc : le retour spectaculaire des islamistes du PJD
« Il n'y a absolument aucune place pour notre participation avec ces gens-là. » Dès le lendemain du scrutin des élections législatives marocaines du 23 septembre, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdelilah Benkirane, a fermé la porte à toute alliance avec le Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête avec 97 sièges sur 395. Alors que le roi du Maroc, Mohammed VI, a tout juste nommé la première femme Premier ministre de son histoire, Fatima Ezzahra El Mansouri, le parti islamiste a confirmé cette position en session extraordinaire du Conseil national du parti, réuni à Bouznika, qui a validé à l'unanimité le choix de l'opposition. Avec 66 et 65 sièges respectivement, le Rassemblement national des indépendants (RNI) du Premier ministre sortant Aziz Akhannouch et l'Istiqlal complètent le podium ; le PJD referme la marche des quatre grandes formations, mais un quadruplement de sa représentation en seulement cinq ans n'a échappé à personne.
Ce retour ne doit rien au hasard, mais reste loin de restaurer la puissance passée du parti. « La forte remontée du Parti de la justice et du développement combine à la fois un vote de sanction envers la majorité sortante et une remobilisation de sa base traditionnelle », analyse le politologue Driss Aissaoui pour le média Le Brief. Porté par le vent du Printemps arabe, le PJD avait raflé 107 sièges en 2011 avant de culminer à 125 en 2016, mais son bilan et l'échec économique et social de son passage au pouvoir lui avaient ensuite coûté un effondrement à 13 sièges en 2021. Sa reconstruction s'est faite en ville plutôt qu'à la campagne : dans un entretien au Monde, le sociologue Zakaria Kadiri souligne que le vote rural, historiquement déterminant au Maroc, est resté acquis aux formations disposant de figures locales capables de « rendre des services », tandis que le PJD a surtout regagné du terrain dans les grandes agglomérations comme Casablanca, Fès, Tanger, Agadir, grâce à un discours critique envers le bilan du gouvernement sortant.
À ce sujet — Déroute des islamistes aux législatives marocaines : l’islam politique dans l’impasse ?
Le PJD : dernier parti islamiste au Maghreb
Ce succès marocain tranche nettement avec le reste de la région, puisqu’en Algérie, la Constitution interdit tout parti fondé sur une doctrine religieuse depuis l'annulation, en 1991, des élections qu'allait remporter le Front islamique du salut : un épisode qui avait plongé le pays dans une guerre civile meurtrière dont le bilan (près de 200.000 morts) demeure un sujet tabou. Le pouvoir algérien n'en continue pas moins d'instrumentaliser le religieux à des fins politiques, comme en témoigne l'inauguration, en 2020, de la grande mosquée d'Alger, la troisième plus vaste du monde. En Tunisie, laboratoire du Printemps arabe, le parti islamiste Ennahdha a connu une trajectoire inverse à celle du PJD : arrivé en tête des élections constituantes de 2011, il a vu son électorat fondre au tiers de son niveau initial dès 2019, avant que le régime autoritaire de Kaïs Saïed n'achève de marginaliser l'ensemble de l'opposition, islamiste comme laïque, jetée en prison. Quant à la Libye, elle a cessé d'organiser des élections depuis longtemps, les urnes y ayant cédé la place aux armes.
La quasi-victoire du PJD a lieu dans un climat de défiance généralisée envers le jeu politique marocain : avec 38,08 % de participation, le scrutin du 23 septembre enregistre le taux le plus faible depuis 2007. Cette abstention massive, Driss Aissaoui en nuance la lecture : loin de traduire une adhésion profonde à l'offre islamiste, elle « suggère qu'une large portion de la population a choisi le retrait plutôt que le vote pour l’offre politique du PJD ou des autres partis ». Sa progression, même aussi spectaculaire, a surtout profité d'une base militante qui lui était restée fidèle, alors que la plupart des autres électeurs choisissent désormais de déserter les urnes.






































7 commentaires
Le Maghreb est confronté électoralement à des évolutions qu’oriente le monde international. Sa mue est permanente, sa crise perpétuelle. Deux partis sont possibles, l’enfermement interne ou l’attraction l’intenationale. Comme l’islam est en question, comme ce fut le cas avec le FIS en Algérie (dont nous aurions bien été inspirés de ne pas nous mêler), la turbulence est permanente. Au pouvoir, les islamistes décoivent nécessairement (ENNHASA en Tunisie), confrontés à la modernité qui est le cours du temps. Au Maroc, le roi est placé au coeur d’un dilemme qui dure, qu’il fait durer avec l’approbation du peuple profond, en traversant bien sût des épisodes électoraux qui peuvent le contester, comme on le voit, mais il assire l’unité du pays. Sa force est justement de combiner un conservatisme monarchique avec une perspective moderniste affirmée. Le roi, en nommant une femme Premier ministre a choisi son camp, c’est celui de l’occident, comme l’avait fait Bourghiba pour la Tunisie. On voit bien l’isolement dans lequel s’est placé l’Algérie, sa crainte, si longtemps après l’indépendance, qu’elle ne retombe sous l’influence française. Rien n’est clair au Maghreb et rien ne le sera jamais. Et tous les printemps arabes seront des aautomnes sans fin.
« Rien n’est clair au Maghreb et rien ne le sera jamais ». C’est certain, si on continue à l’analyser selon des critères occidentaux, notamment la démocratie, En oubliant que la démocratie est incompatible acec l’islam, creuset de toute société au Maghreb.
tout à fait !
Avec la nomination d’une femme a la tête du gouvernement, pas dit que les islamistes aime .
Même dans les pays musulmans, on se méfie des partis islamistes et de leurs positions tranchées… alors qu’en France, la nouvelle gôche tient des discours pour les soutenir.
D’autre part, démonstration est encore faite que l’abstention est la pire des solutions : 38% de votants seulement et le parti islamiste, capable lui de mobiliser ses troupes, progresse !
Au bilan final, les abstentionnistes sont les cocus de l’histoire
Heureusement que le roi est un descendant du prophète , ce qui peut éloigner un printemps arabe que le Maroc a toujours jusqu’à présent évité ..
Visiblement certains marocains ne veulent pas repartir au « pays « .
Belgique : après sa déchéance de la nationalité belge, Fouad Belkacem, le leader du groupe islamiste Sharia4Belgium, dépose une demande d’asile pour éviter un possible renvoi au Maroc. Condamné à 15 ans de prison, il devrait être libéré en 2027