N’en déplaise aux oiseaux de malheur déclinistes et à ceux qui ne voient en la France qu’une « puissance moyenne » dont la seule chance de survie consistait, jusqu’alors, à se diluer dans un magma technocratique n’ayant d’ que le nom, il subsiste encore une spécificité nationale, laquelle vient de s’exprimer dans les urnes dimanche. De manière claire et sans appel.

Peu avant minuit, le Front national est, pour ce scrutin au moins, devenu premier parti de France avec 26 % des suffrages. Loin devant l’UMP (20,66 %) et le PS (13,88 %). Les autres listes se partageant les miettes avec, néanmoins, les près de 4 % de Debout la République, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, pas très loin de talonner les 6,6 % du Front de gauche.

Spécificité française, disions-nous ? Oui, car c’est bel et bien d’un tremblement de terre qu'il s’agit. Qui ne trouve pas d’équivalent chez nos voisins européens, à l’exception peut-être de l’Angleterre, dont on ne sait si le parti UKIP, assez peu européiste, ravira ou nom la première place du podium.

La réplique sismique, on la lisait sur la tête des politiques venus commenter la défaite sur les plateaux. Un véritable défilé, entre zombies et momies façon Rascar Capac, sortis de vieux films de la Hammer. Vu la teneur de leurs commentaires, le cinéma muet aurait été un registre presque aussi convaincant. « Raviver les forces citoyennes » pour Ségolène Royal. « Tragédie démocratique » pour Rama Yade. Et Manuel Valls, pourtant Premier ministre, qui livre, tous yeux écarquillés, un discours digne d’un sous-préfet pour l'entre-deux-tours d’une législative partielle à Saint-Pol-de-Léon.

Parce qu'il y a beau tortiller, les listes menées par arrivent en tête partout, hormis deux régions, le Grand Ouest et l’Île-de-France, où elles se contentent d’une deuxième place, alors que ces deux dernières leur sont traditionnellement défavorables.

Si, au PS, c’est évidemment morne plaine à Waterloo, à l’UMP, ça commencerait plutôt à ressembler à la Nuit des longs couteaux. Avec un qui s’aiguise les crocs tout en se pourléchant les babines devant le futur scalp de Jean-François Copé. Et prône de prochaines primaires à l’UMP ; façon de dézinguer Nicolas Sarkozy avec son fusil à tirer dans les coins.

Au fait, on allait presque oublier qu’il s’agissait d’élections européennes. Et emboîter ainsi le pas de ces politiques n’ayant pas encore tout à fait intégré le fait que le premier groupe parlementaire à bientôt représenter la France dans les instances européennes sera le Front national… Autre réplique sismique. Qui touche déjà les plus grandes capitales du monde. Outre-Manche, on s’interroge. À Berlin, on se perd en conjectures. À Washington, on semble commencer à s’inquiéter du futur grand marché transatlantique, dont les élus lepénistes entendent bien faire l’un de leurs principaux chevaux de bataille.

Hier, l’ s’autogérait dans la coulisse, hors de toute légitimité démocratique. Aujourd’hui, la politique semble être en passe de reprendre ses droits. Et ça, c’est à la France qu’on le doit. Notre peuple est décidément riche de surprises, lui qui n’a pas son pareil pour se redresser alors que certains le donnaient déjà pour mort.

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26 mai 2014

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