Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde il y a quelques jours, Roger Cukierman, président du CRIF, évoque le cauchemar de la prise de pouvoir de en 2017. Sur le fond, l’article n’est guère surprenant, c’est juste une énumération de tous les poncifs sur le Front national auxquels les Français ont été habitués depuis trente années : parti d’extrême , antirépublicain, xénophobe et antisémite, né avec « un pedigree collabo », incapable de gouverner et tout juste bon pour conduire le pays à la catastrophe. Inutile de chercher un raisonnement structuré et argumenté, vous n’en trouverez pas.

Ce qui est intéressant, c’est la démarche elle-même. Roger Cukierman s’adresse-t-il vraiment à tous les Français ? On peut en douter. L’immense majorité d’entre eux ne le connaît pas ou, si c’est le cas, n’a probablement que faire des prédictions à l’emporte-pièce d’une personnalité qui n’est ni un politologue, ni un juriste, ni encore moins un économiste. Quant à ses fidèles, eux, on peut parier qu’ils connaissent déjà le discours par cœur.

Plus vraisemblable est que Roger Cukierman ait voulu envoyer aux élus de la , et singulièrement de l’, un message subliminal. C’est du moins tout le sens du paragraphe : « Quelques semaines plus tard, portée par ce succès et à l’issue de tractations avec des parlementaires en dissidence de leurs propres partis, Marine Le Pen dispose de la majorité à l’Assemblée nationale. »

À quatre mois des municipales, le message est clair et, semble-t-il, aurait déjà été bien reçu. Pour François Fillon, déjà rappelé à l’ordre après son fameux « le moins sectaire », le ne serait même pas un parti (sic), ce qui tranche définitivement la question du ralliement ; quant à , bien connu pour ses positions résolument contre l’euro et partisan lui aussi d’une immigration zéro, voici qu’il constitue des listes communes avec l’UMP. Ceux qui rêvaient d’un « lepénisme » sans Le Pen en seront pour leurs frais.

Que Roger Cukierman monte au créneau pour étaler sa répulsion du Front national, après tout, c’est son droit le plus strict. Comment, en revanche, ne pas s’interroger sur une relation de cause à effet entre d’une part les revirements, voire les reniements empressés d’élus de la République et les injonctions d’un lobby communautaire qui se présente ouvertement « aux cotés » d’une puissance étrangère ? Voilà qui ne manquera pas de rappeler les heures les plus sombres de notre .

Jusqu’à ces derniers mois, il était couramment admis que la et l’immigration étaient les principaux responsables de la fronde populiste qui gagne petit à petit toutes les régions de France. C’était là une explication dont le but non avoué était de tout mettre sur le dos d’une mondialisation irréversible et, par ricochet, dédouaner la classe politique au pouvoir de ses responsabilités. Mais ce que l’on a pu observer au cours de ces derniers mois est d’une autre nature, palpable à chaque scrutin local, aux sorties des usines et dans les campagnes sinistrées : la haine d’un peuple qui n’en peut plus d’être trompé, humilié, trahi, culpabilisé…

Lorsque la classe politique suscite un tel dégoût, une solution serait peut-être de commencer par faire son mea culpa, mais certainement pas de prêter l’oreille aux sirènes des lobbies.

5 novembre 2013

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