Élections en Croatie : on prend les mêmes et on recommence

Dimanche dernier, les Croates étaient invités aux urnes pour élire leurs députés au Sabor, l’Assemblée nationale croate, après sa dissolution suite aux affaires politico-financières liées à l’entourage de l’ex-président du HDZ (droite), le parti au pouvoir depuis seulement 5 mois…

Malgré les scandales et une gestion amateur du pays pendant ces derniers mois, le HDZ d’Andrej Plenković est parvenu à convaincre les Croates que son parti devait rester aux commandes. Majoritaires au Parlement, ils battent le SDP (gauche) mais ne disposent pas pour autant de la majorité absolue et devront trouver des alliances pour gouverner.

Seuls 53 % des Croates se sont mobilisés pour ces élections. À part la percée de Živi Zid, nouveau parti anti-expulsions, ce sont les mêmes têtes que l’on retrouve à chaque élection. Comme ailleurs dans les Balkans, le cirque des élections à l’américaine, les scandales à répétition et les promesses constamment rompues par les hommes politiques ont jeté un véritable discrédit sur la classe politique dans son ensemble.

En Croatie, le rêve européen s’étiole et l’intégration en 2013 à la bande à Bruxelles n’a clairement pas répondu aux attentes du peuple. Le taux de chômage est de 16 % (40 % chez les jeunes), la dette publique représente 90 % du PIB et la croissance démographique est négative. Si les Croates n’avaient pas une des plus belles côtes d’Europe qui fait tourner le tourisme et si des milliers de Croates expatriés ne renvoyaient pas leurs euros et leurs dollars à leurs familles restées au pays, la situation serait encore pire.

Le problème, pour Zagreb, est qu’au lieu de tacler les problèmes, les politiciens croates, tous bords confondus, ont tendance à se cacher en période électorale derrière un écran de fumée nationaliste caricaturale pour éviter de traiter les sujets brûlants du chômage, de la relance économique ou de la corruption. Les relents ultra-nationalistes, exprimés pendant cette campagne au sujet de la glorification de certains héros polémiques comme Miro Barešić, qui avait assassiné l’ambassadeur yougoslave en Suède en 1971, ou les révélations de conversations téléphoniques du chef socialiste, Zoran Milanović, où il insulte Serbes et Bosniaques, n’augurent rien de bon dans une région où une exaltation exacerbée du nationalisme d’un peuple provoque immédiatement un effet miroir chez les peuples voisins.

Le nation-building américain et bruxellois après les guerres des années 1990 est très clairement un échec. Dans les Balkans, chaque pays cède progressivement sa souveraineté contre des lendemains qui chantent et se retrouve orphelin de véritables politiques nationales servant l’intérêt des nationaux en collaboration avec les pays voisins et non contre eux.

Si le nouveau gouvernement croate veut s’en sortir, il doit cesser d’agiter les spectres de conflits passés et s’activer pour répondre rapidement aux besoins immédiats des Croates.

Avec le Brexit et les demandes du groupe de Visegrád pour plus de souveraineté au sein de l’Union européenne, le nouveau gouvernement croate tient une occasion idoine pour rompre avec l’alignement automatique sur Bruxelles et pour commencer à reprendre son destin en main pour bâtir une politique efficace au service des Croates et pour la paix dans les Balkans.

À lire aussi

Le Monde diplomatique a raison : le Kosovo constitue bien le plus gros bobard de la fin du XXe siècle

Très peu de politiciens et de journalistes de l’époque ont osé avouer qu’ils nous avaient …