Editoriaux - Politique - Presse - 12 novembre 2016

Élection de Donald Trump : coup de froid sur la COP22

De la même façon que les sondages et la presse affirmaient que Donald Trump ne pouvait pas gagner les élections américaines, cette semaine, Ségolène Royal a annoncé dans plusieurs journaux que la nouvelle équipe au pouvoir aux États-Unis ne pourrait pas revenir sur l’accord de la COP21. Si les paroles de notre ministre sont là, probablement, pour tenter de conserver la confiance des investisseurs, plusieurs éléments laissent à penser qu’il en sera autrement.

Tout d’abord, il faut se rappeler que le nouveau président américain avait qualifié de “canular” le dérèglement climatique. Ces allégations ont, toutefois, été retirées de son site de campagne. Il semble rester, cependant, dans sa ligne de pensée, car il a demandé au responsable énergie et environnement d’un institut conservateur, Myron Ebell, un climato-sceptique convaincu, de nommer le futur directeur de l’Agence américaine pour l’environnement, personnage clé pour la suite des événements.

Que pourra-t-il faire une fois nommé ? Tout d’abord, au plan juridique, un État qui a signé l’accord de Paris peut, selon son article 28, le dénoncer trois ans après l’entrée en application du texte et, au bout d’un an, la dénonciation prendra effet. Cela est déjà en contradiction avec les paroles du ministre, pour qui “Donald Trump ne peut pas dénoncer juridiquement l’accord de Paris, que les États-Unis ont déjà ratifié”.

Ensuite, il faut se rappeler que cet accord a été approuvé par un simple décret du président Obama, qui avait dû se passer de l’accord du Sénat américain, à majorité républicaine. Donald Trump pourra donc facilement annuler le Clean Power Plan, mis en place par Barack Obama, qui vise à réduire les émissions des centrales électriques. De même, par pragmatisme et volonté de redresser le pays, toutes les dépenses fédérales destinées à développer les énergies renouvelables pourraient être annulées, le moratoire sur l’exploitation des mines de charbon et la construction de centrales au charbon pourrait être levé, et l’extraction offshore de pétrole et de gaz pourrait être relancée. À l’appui de ces hypothèses, il a affirmé lors d’une conférence de presse qu’il voulait faire de l’énergie “un objectif de politique étrangère et un objectif stratégique”.

Il pourrait aussi remettre de l’ordre à la NOAA et à la NASA, organismes noyautés par l’administration Obama et à l’origine d’une grande partie de la désinformation climatique. Tous ces éléments pourraient décourager les autres pays d’agir ; c’est ce que craignent certains experts présents à la COP22.

Enfin, il faut rappeler que l’accord de Paris est non contraignant. Il suffirait donc, au nouveau président, de ne rien faire pour contrarier les propos de madame Royal.

Mais que ceux qui sont inquiets pour l’avenir de la planète se rassurent. Un article sorti cette semaine dans la revue scientifique Nature montre que le taux d’accroissement du CO2 atmosphérique est en stagnation, voire en recul depuis 2000, alors que les émissions anthropiques ne cessent de croître. L’explication avancée est que la plus grande partie de ces émissions est absorbée par les écosystèmes. On assiste à un verdissement plus important de la planète et les productions agricoles augmentent. L’autre explication donnée dans l’article est liée à la pause du réchauffement global à laquelle on assiste depuis la fin des années 90. Ces nouvelles rassurantes ne seront évidemment jamais évoquées durant la COP22, ni par notre ministre de l’Environnement.

À lire aussi

Valeurs de droite et écologie : comment reconquérir un terrain perdu ?

Un parti qui voudrait redonner à l'écologisme la place qui lui revient se devrait de remet…