La France tire la langue aux déclinologues et c’est une bonne nouvelle. Lorsqu’une langue fabrique des mots, même aspirés chez les voisins et transformés, les mouline dans le parler courant puis les fait entrer dans les dictionnaires, c’est que le pays est vivant et pas du tout en train de décliner, de perdre influence et force d’attraction. C’est le cas du français si, de bonne foi, on écoute nos enfants et petits-enfants, et si on demande confirmation aux faiseurs de dictionnaires. C’est l’opinion des dirigeants du « Robert » (entre 100 et 400 mots « nouveaux » par an). Le bon thermomètre.

On peut toujours se plaindre que la langue anglaise soit notre premier fournisseur de néologisme ; c’est oublier que pas mal de mots effectuent des va-et-vient de part et d’autre de la Manche (détresse-distress-stress) et c’est ignorer qu’il se trouve davantage de mots français en anglais que l’inverse. D’ailleurs, personne n’a jamais entendu un sujet de la reine (« Dieu et mon droit ») vitupérer les rayons du « Pret A Manger » ou la table du « Pain Quotidien », deux enseignes de restauration rapide plus visibles à Londres que n’importe quelle autre…

Il paraît que la ministre Aurélie Filippetti veut mettre à l’honneur le verbe « ébaudir » au cours de cette « semaine de la langue française et de la francophonie ». Bravo, mais notre ministre agrégée de lettres, fille et petite-fille de mineur et sidérugiste italien devenu français en Lorraine, est bien placée pour savoir que le français de tous a aussi des variantes vivantes venues du parler régional ou du parler des migrants. Ainsi le beau verbe « ébaudir » (réjouir, égayer, mettre en allégresse) s’entend « esbaudir » ou « s’esbaudir » en terres ou villes occitanes. Et moi, par exemple, je m’esbaudis chaque jour de voir madame Taubira résister à la meute de ses adversaires et aux coups de latte de ses amis. Je suis esbaudi, elle m’espante, elle m’esbaudit !

Le lecteur, ici, je sais, ne me « chabadabadera » pas !

Je ne vais pas en chialer dans l’attente d’un premier-ministrable qui en reveut, ou d’un ancien Premier ministre qui veut se représidentialiser !

Allez, bonne bourre, les gonzes, et soyez pas trop clivant, plutôt transgénérationnel…

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