Editoriaux - International - Presse - 8 février 2014

Égypte : les pleins pouvoirs votés au maréchal… Sissi !

Comme toujours, comparaison n’est pas raison et ce qui se passe actuellement en Égypte se déroulerait peut-être différemment en nos contrées. Il n’empêche que le pays des pharaons, tout juste débarrassé de la tutelle ottomane pour passer sous celle des Anglais et ensuite se retrouver sous le joug d’un régime militaire, celui de Gamal Abdel Nasser, vient d’élire démocratiquement son premier président : Mohamed Morsi.

Ce dernier est issu de la confrérie des Frères musulmans : le même Nasser s’appuya d’abord sur elle pour prendre le pouvoir, pour ensuite mieux la persécuter. Le mouvement fondé en 1928 par Hassan el-Banna finit par trouver refuge au Qatar ; ce qui ne fut pas forcément l’idée du siècle. Ainsi, répudiant les idéaux d’origine, puisés dans la pensée mussolinienne et maurrassienne – lesquels consistaient à articuler modernité et tradition (« La tradition est une statue qui marche de l’avant », écrivait le Duce) –, cette sorte d’Action française arabo-islamique s’est assez rapidement laissée séduire par le mondialisme marchand battant pavillon américain, au lieu d’en référer aux califats de jadis, tout comme leurs homologues français appelaient de leurs vœux le retour des rois capétiens sur le trône de France.

Cet exil qatari n’était pas très opportun, car on finit tôt ou tard par épouser les idées de qui vous paye. Ainsi, Mohamed Morsi, président destitué et tôt promis à être jugé pour espionnage – vaste blague digne d’un procès moscoutaire –, a cru un temps qu’il pouvait s’affranchir de ses puissants sponsors. D’où ces deux premières décisions emblématiques, prises dès son arrivée au pouvoir : autoriser le passage de navires de guerre iraniens dans le canal de Suez et soutien au Hamas, lui aussi démocratiquement élu dans la bande de Gaza. Casus belli pour Israël et le Qatar, ici réunis en un étrange attelage contre-nature.

Certes, on dira que les Frères musulmans étaient incapables d’exercer le pouvoir, ce qui n’est pas totalement faux ; près d’un siècle de cavale ne saurait former des dirigeants aptes à diriger. Mais le diagnostic serait plus exact si l’on rappelait que l’armée égyptienne, première puissance économique du pays, n’a pas fait grand-chose pour l’y aider. Quelques milliers de morts plus loin (entre 1.500 et 3.000 Frères musulmans abattus par la police), il paraît que la démocratie reviendrait en force en Égypte. Avec le général Al-Sissi, promu maréchal en l’intervalle, et désormais unique candidat à la prochaine élection présidentielle.

Après, trop d’arrogance et de précipitation peuvent toujours nuire, la déclaration de candidature à la présidentielle de la nouvelle Sissi impératrice ayant été dévoilée dans la presse koweïtienne et non pas égyptienne. Ce qui explique pourquoi les journalistes cairotes, ayant déjà mangé leur tarbouche, commencent à l’avoir un peu mauvaise. Et semblent se demander si la « maladie chronique » de l’Égypte ne relèverait pas plus d’une armée incompétente et corrompue que d’une confrérie ayant jusque-là prospéré dans le social mais qui, elle au moins, durant le peu de mois qu’elle fut au pouvoir, s’en mit un peu moins dans les fouilles que ses ancestraux prédécesseurs militaires.

Nos journalistes ont évidemment le droit de saluer pareille palinodie. Ce, d’autant plus qu’ils se trouvent actuellement dans la situation de la junte égyptienne au pouvoir : minorité se riant des revendications, parfois informelles mais de plus en plus concordantes, de la majorité silencieuse d’un peuple qui n’y croit plus et qui, surtout, ne veut plus y croire…

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