Le 25 décembre dernier, le peuple égyptien adoptait sa nouvelle constitution. Faible taux de participation : 32,9 %. Mais victoire sans appel avec 63,8 % de « oui » pour le président « islamiste » Mohamed Morsi. L’opposition crie à la fraude, mais l’écart est tel que, tricherie ou non, le résultat est là. D’ailleurs, la carambouille électorale vaut le coup lorsque les résultats s’annoncent serrés, façon UMP entre Fillon et Copé.

Le principal écueil, dans ce genre d’affaires, consiste à jauger la situation avec des lunettes « occidentales » : valeureux démocrates contre méchants conservateurs, blogueuse aussi sympa que féministe contre femme voilée, victime, forcément victime d’une présumée phallocratie ambiante. Bref, de la bouillie pour chats et abonnées à Elle ou Cosmopolitan. En effet, les véritables enjeux sont ailleurs.

L’armée, par exemple, toujours aux commandes, même si ayant de force consenti à abandonner celles du pouvoir, entend bien demeurer aux manettes économiques. Car c’est là que réside le véritable pouvoir : en l’armée. Armée baroque, jadis équipée par l’URSS et pas même fichue de gagner la moindre guerre, puis financée par les USA, mais qui n’aurait pas tenu plus de dix minutes contre Tsahal. Mais armée ne se perdant pas dans le noir et sachant toujours où se nichent ses intérêts primordiaux ; à savoir, sa survie économique, puisque principal employeur du pays. Au risque de sacrifier celle, politique, de l’ancien régime du Raïs, Hosni Moubarak.

Ainsi, tel que le rappelle notre confrère Bernard Lugan, sur son site bernardlugan.blogspot.fr : « De bout en bout, l’armée contrôla donc la première phase du processus révolutionnaire. […] L’armée eut alors face à elle les Frères musulmans qui disposaient à ce moment-là d’une influence considérable et contre lesquels il ne lui était pas possible d’intervenir ; à moins de déclencher une guerre civile dans des conditions qui lui étaient défavorables. L’armée joua alors un jeu d’une grande habileté, utilisant la carte démocratique afin de demeurer maîtresse des événements. Elle laissa ainsi un couloir politique balisé aux Frères musulmans : oui aux élections législatives pour élire une assemblée constituante, mais à la condition que les Frères musulmans ne présentent pas des candidats partout ; cela afin qu’ils ne soient pas majoritaires dans la future assemblée et pour qu’ils ne puissent pas y faire rédiger une Constitution islamiste. Cependant, galvanisés par leurs succès et disposant alors d’une immense popularité, les Frères musulmans revinrent sur leur engagement. À l’issue du scrutin, ils obtinrent la majorité parlementaire, ce qui leur permit de dicter la future Constitution. (…) Devant ces démonstrations de force, l’armée choisit de reculer, attendant son heure. »

Mieux : « L’armée qui a donc réussi un second coup d’État aussi “discret” que le premier n’a pour le moment pas intérêt à pousser plus loin son avantage. Sa priorité est en effet de laisser se discréditer les Frères musulmans. Elle a donc tout avantage à les laisser gouverner en s’engluant dans les difficultés tout en attendant que l’hypothèque islamiste soit levée. Le fruit sera alors mûr pour être ramassé. »

Pour autant, le champ de réflexion mérite d’être élargi. Car lointaine est l’époque où l’Occident sponsorisait les « dictatures » laïques du Proche-Orient ; entretemps, ces Frères musulmans ont eu tout loisir de demander asile politique et prospérité financière à d’autres « dictatures », islamo-conservatrices celles-là, mais qui présentaient l’avantage d’être alliées à Washington. Depuis, il y a eu le 11 septembre 2001, « cataclysme » dans lequel les Saoudiens n’étaient pas pour rien, puisqu’un peu financiers et théoriciens de la chose.

Pour le moment, les USA observent. De façon bienveillante, ayant toujours opté pour le soutien – ADN national oblige ? – au conservatisme religieux plutôt qu’à ce nationalisme, souvent laïque, mais pas seulement, qui présentait au moins l’avantage de libérer des peuples sous tutelle.

Il ne manque plus à la France qu’à faire entendre sa voix. Quand ? Un jour, on imagine…

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28 décembre 2012

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