Editoriaux - International - Musique - Politique - Table - 18 août 2013

Égypte : l’armée a les mains libres…

Tradition voltairienne de ce site oblige, nos avis peuvent diverger sur bien des sujets ; l’Égypte par exemple. Les analyses de Dominique Jamet ne sont pas forcément celles de votre serviteur, même s’il peut arriver parfois qu’elles en viennent à se compléter. Sur ce même sujet, Bernard Lugan fait lui aussi entendre sa petite musique personnelle.

En effet, « Entre le “cancer islamiste” – lire les Frères musulmans – et “l’apostasie militaire”– lire le général Abdel Fattah al-Sissi –, l’Égypte se dirige-t-elle vers une guerre civile dont les conséquences seraient telluriques pour toute la sous-région ? »

Certes, l’armée a toujours su demeurer maîtresse du jeu : « Elle a laissé la rue évincer le président Moubarak, ce qui lui a permis de remplacer une génération militaire usée par une plus jeune. Puis elle a profité de l’échec politique et économique des Frères musulmans pour recueillir le pouvoir tout en affirmant haut et fort qu’elle souhaitait mettre en place une transition civile. » De leur côté, les Frères musulmans, « enfermés dans leurs certitudes et soutenus par les États-Unis et le Qatar, ont voulu malgré tout faire passer en force une Constitution islamiste ».

La suite des événements est connue. Manifestations monstres écrasées dans le sang : 420 morts selon l’armée, 2.200 selon les opposants. Et un point de non-retour allègrement franchi, au-delà duquel on voit mal se profiler une réconciliation nationale. Pis, la guerre civile paraît de plus en plus inévitable. Avec un risque d’évolution à la syrienne ? Bernard Lugan estime que non pour au moins quatre raisons :

« 1) La première est d’ordre géographique. À l’exception du Delta, l’Égypte n’est peuplée que le long de son étroit cordon alluvial ; tout le reste est désert ou oasis facilement contrôlables. »

« 2) À la différence de l’Algérie, il n’y existe pas de vastes zones de montagne propices à la création de maquis. »

« 3) À la différence de la Syrie, il n’y existe pas de zones confessionnelles en damier, car ici, en dehors des 10 % de chrétiens coptes mélangés à la population musulmane, tous les Égyptiens sont sunnites. »

« 4) D’éventuels djihadistes ne disposeraient pas de base arrière comme l’est la Turquie pour les révolutionnaires syriens. En cas de problème, l’armée égyptienne pourrait facilement intervenir contre d’éventuelles bases libyennes. »

Fort de ce constat, l’africaniste estime donc que l’armée n’a plus le choix : « Il lui faut écraser les Frères musulmans ou bien perdre la partie. » Pour ce faire, elle a quasiment les mains libres, pouvant « compter sur l’aide financière illimitée de l’Arabie saoudite et des Émirats qui viennent d’ouvrir au général Abdel Fattah al-Sissi une première ligne de crédit sans intérêt équivalent à dix années d’aide américaine… À travers le soutien à l’armée égyptienne, les pétromonarchies règlent un double compte, à la fois contre les Frères musulmans qui ont juré leur perte, et contre le Qatar, leur principal allié financier. Comme la grenouille de la fable, ce dernier, qui a voulu se faire aussi gros que le bœuf, a fini par indisposer le grand frère saoudien par son interventionnisme brouillon et ses appétits démesurés. »

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