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Editoriaux - Religion - Société - 18 octobre 2015

Église et homosexualité : la tentation Lyssenko

Il serait injuste d’accuser l’Église d’« homophobie » dans le sens de haine des homosexuels, car envers les homosexuels comme envers toute personne, l’Église prône d’aimer tous les « pécheurs ». Le catéchisme qualifie par contre l’« acte homosexuel » de péché, de « grave dépravation ».

Si on lit le catéchisme littéralement, le seul péché relatif à l’homosexualité est l’« acte sexuel » lui-même, et « être homosexuel » sans « passer à l’acte » n’est pas être pécheur. Et même si l’on tient compte d’une règle disant que commettre un péché « en pensée », soit en « fantasme », est un péché également, il reste possible de distinguer « être homosexuel » d’une part, et avec des relations physiques ou se faire des « films » homosexuels d’autre part.

Pour comprendre le point de vue de l’Église sans le caricaturer, il faut aussi se souvenir que l’Église valorise la virginité, la chasteté en général, y compris pour les couples hétérosexuels. L’Église interdit l’« acte homosexuel » comme elle refuse tout acte sexuel qui n’est pas au moins lié à une éventualité de naissance dans une famille unie.

« Être homosexuel » signifie être ou pouvoir être amoureux d’une personne du même sexe, l’aimer affectivement, et aimer l’aimer physiquement. L’amour signifie amitié, et l’amitié est amour, mais l’amitié s’accommode des séparations, l’amour, lui, signifie de plus présence physique, souffrance de la séparation.

Théoriquement, des couples homosexuels amoureux peuvent faire le même choix que certains couples hétérosexuels catholiques : la chasteté totale. Théoriquement, il n’y a aucune raison de refuser l’amitié d’un-e homosexuel-le du même sexe que soi.

Pourtant, les textes de l’Êglise catholique sur l’homosexualité ne sont pas suffisamment clairs pour éviter la répulsion envers les homosexuels. Bien des catholiques tiennent pour acquise une interprétation des textes bibliques qui signifie la condamnation à mort par Dieu des homosexuels pour « abomination ».

Ils recherchent dans la science la preuve de la « vérité » de cette « loi naturelle », du caractère « abominable » de « la nature » des homosexuels, la preuve que l’homosexualité serait à la fois une maladie mentale et une perversion.

Ils lisent avec avidité des scientifiques affirmant qu’il n’a pas été découvert de « gène » de l’homosexualité, sans vouloir lire ceux qui montrent que des différences statistiques physiques ont été constatées entre homos et hétéros, qui pourraient s’expliquer par des phénomènes hormonaux. « C’est par choix qu’ils sont pervers ! »

Ils se repaissent de récits d’homosexuels relatant leur expérience personnelle, faite de violences diverses, et prétendant, comme l’a fait Freud dans sa théorie de l’Œdipe, que cette violence est intrinsèque à l’homosexualité et que ce vécu personnel serait universel. « Ce sont des dégénérés ! »

Jean-Paul II n’a pas assez vécu pour faire barrage à la tentation Lyssenko 1

Notes:

  1. Trofim Lyssenko (1898 – 1976) était un agronome soviétique. Il contestait les travaux de Mendel qu’il qualifiait de « génétique réactionnaire ». Pour lui, la science devait corroborer l’idéologie marxiste.

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