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Editoriaux - Société - 21 octobre 2015

Église et homosexualité : un principe de prudence

Quand on est juive, regarder le monde catholique donne le vertige : question d’échelle. On passe de l’univers d’un tout petit peuple, de débats certes animés mais entre quelques-uns à plus d’un milliard de personnes … Vertigineux.

Quand on est juive, une notion telle que l’« autorité du magistère » apparaît très étrange. Dans les écoles juives, les élèves posent des questions aux rabbins, pas de « cours magistral ». Élèves comme rabbins ne sont censés, en somme, qu’étudier. Dans l’Église, les catholiques sont censés obéir, les curés sont censés savoir. Savoir et savoir dire : lourde charge. Très lourde charge.

L’homosexualité est un sujet complexe. Complexe parce que compliqué en soi, parce que largement inexpliqué, mystérieux, parce que multiple. Complexe aussi parce que « borderline », limite. Situation biologiquement « exceptionnelle », sortant de la moyenne, du type, de la « normale ». L’homosexualité pose le problème de la différence entre la norme et le normal.

Pour expliquer le sens littéral des textes de l’Église sur ce sujet jusqu’à présent, j’expliquais dans mon précédent article : “Pour comprendre le point de vue de l’Église sans le caricaturer, il faut aussi se souvenir que l’Église valorise la virginité, la chasteté en général, y compris pour les couples hétérosexuels. L’Église interdit l’“acte homosexuel” comme elle refuse tout acte sexuel qui n’est pas au moins lié à une éventualité de naissance dans une famille unie.”

Pourquoi l’Église refuse ou se méfie-t-elle de tout acte sexuel qui n’est pas lié à une éventualité de naissance, de « don » de la vie ? Jean-Paul II montre que Jésus s’oppose à tout acte ou même pensée faisant d’une femme un objet. Vieux thème féministe, dont Jean-Paul II nous montre qu’il est … un vieux thème de Jésus. Traiter l’autre en objet, écueil de toujours de toute sexualité. Dès lors, l’Église se méfie de la sexualité en général lorsqu’elle n’est pas une forme de don.

L’Église parle à des millions et des millions de gens qui pourraient prendre « toute » « permission » pour une permission de « tout », qui pourraient être tentés de croire que “tout est permis”, tout et n’importe quoi. Dès lors, je crois que le message “simple” qu’elle a choisi de délivrer est un principe de prudence : “dans le doute, abstiens-toi”.

Toute médaille a son revers : dans la « communication », la simplicité se fait aux dépens du discernement. Que celui qui sait résoudre cette quadrature du cercle lui jette la première pierre.

Le rabbin orthodoxe homosexuel Greenberg raconte le conseil d’un rabbin à un homosexuel : “Il y a 613 commandements. Si tu ne peux pas obéir à l’un d’eux, commence par t’efforcer de réaliser les 612 autres. Je suis plus vieux que toi, quand tu comparaîtras devant le Maître de l’Univers, je serai déjà là, et je plaiderai pour toi.” Mais Steve Greenberg a eu un enfant par… mère porteuse (GPA) – ce que je réprouve absolument. Rien n’est simple.

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