[ÉDITO] Discours du pape à Metz : beaucoup de Benoît XVI… et un soupçon de François
Après le ferme discours de Léon XIV à l’Élysée, après celui de Lourdes contre l’euthanasie, son discours de Metz était particulièrement attendu : un sujet tel que « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité » étant en soi riche de promesses.
Éloge du monachisme bénédictin
Prenant la parole devant Emmanuel Macron, le pape Léon XIV a d'abord rendu hommage à cette personnalité vénérable qu’est Robert Schuman, un des pères fondateurs de l’Union européenne. Mais c’est à cet autre « père de l’Europe », autrement plus vénérable, qu’est saint Benoît que Léon XIV a tressé la plus belle couronne de laurier. Citant Paul VI qui disait saint Benoît « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation », il a développé les acquis civilisationnels qu’on doit au monachisme : « L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! »
Il y a dans ces mots un écho du discours des Bernardins prononcé par Benoît XVI, il y a dix-huit ans. Si, à aucun moment, Léon XIV n’a parlé de « racines chrétiennes de l’Europe » – thème favori de Benoît XVI –, elles inspirent tout son discours : « On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. » Une affirmation qui est d’ailleurs une évidence qui crève les yeux, mais que les attaques conjuguées du laïcisme et de l’islamisme obligent à répéter, si ce n’est à démontrer, tant le wokisme ambiant s’appuie sur des connaissances lacunaires et des intelligences « déconstruites ».
Éloge paradoxal du migrant
Le pape François ne rechignait pas à utiliser l’expression « racines chrétiennes de l’Europe » mais, avec sa matoiserie habituelle, il en faisait une raison d’ouvrir le continent à toutes les immigrations possibles ! Ce 28 septembre à Metz, Léon XIV a repris cette « démonstration », ce Quod erat demonstrandum d’une scolastique discutable. « Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. » Certes, un continent entier se laissant envahir peut être qualifié, par euphémisme, de « rencontre inédite ». Mais peut-on ne pas légitimement craindre que le christianisme succombe à cette submersion ?
En faisant l’éloge de l’Autre, le pape a d’ailleurs eu besoin d’un second euphémisme. « La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule Ibérique […] » Ce ne fut pas que la « culture arabe » que subirent les Espagnols pendant les huit siècles d’Al Andalus. Ce fut une occupation religieuse et politique tellement peu christo-compatible qu’elle donna des martyrs à l’Église, et tellement peu aimable qu’elle ne donna qu’une envie aux populations indigènes : s’en libérer.
Soyons juste, le pape conditionne cet accueil du migrant. Il faut offrir à celui-ci la possibilité « d’entrer dans l’esprit de la maison », autrement dit lui permettre de s'occidentaliser et de se christianiser. Mais la civilisation chrétienne y trouvera-t-elle son compte si le migrant, déjà muni d'une religion à laquelle il n'entend pas déroger, repousse cette offre ?
Il y avait donc beaucoup de Benoît XVI et un soupçon de François dans ce discours de Metz. Une goutte d'amertume qui ne suffit pas à gâcher le plaisir qu'on a eu à écouter le pape durant ces trois jours où il a su rappeler, avec force, quelques vérités dont la France a besoin.
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86 commentaires
Renouer avec les racines chrétiennes de l’Europe suppose qu’on arrête l’afflux d’immigrés musulmans ! Sinon ce ne sont que des paroles creuses.
Ces trois jours furent formidables. Dans ses discours, le Pape a su mettre le doigt là où ça fait mal, avec une subtilité et une douceur exceptionnelles. Je partage toutefois votre avis, M. Martin : le passage sur l’Europe, et plus encore l’hommage à Robert Schuman, me chiffonne. Rappelons que Schuman fut gracié par De Gaulle après avoir travaillé pour les Allemands durant la Première Guerre mondiale, avant de voter les pleins pouvoirs à Pétain. En s’alliant à Jean Monnet pour fonder la CECA, il a jeté les bases d’une Europe hostile aux souverainetés nationales. Le résultat est sous nos yeux : une Union européenne hégémonique, autoritaire ? guerrière et mondialiste, qui impose sa vision ultralibérale aux peuples. Certes, le Pape a dénoncé ces dérives, mais était-il pour autant nécessaire d’encenser Schuman ? Je ne pense pas. On peut néanmoins l’expliquer par son prisme d’Américain : il projette sans doute sur notre continent le modèle d’intégration de son propre pays. C’est un contresens historique, car les États-Unis se sont bâtis sur une relative homogénéité culturelle et religieuse, à l’inverse total de la diversité intrinsèque de l’Europe.
Ça me chagrine également pour R Schuman. Le processus de béatification avait déjà commencé sous le Pape François si je ne me trompe pas.
Vous vous faites des raccourcis avantageux au grand mépris de l’Histoire :
« Rappelons que Schuman fut gracié par De Gaulle » et pour cause! Nommé par Pétain sans être consulté, il démissionne du gouvernement sans y avoir siégé. En plus De Gaulle ne l’a pas gracié : il a classé l’affaire. Il n’y avait rien contre un Schuman « pétainiste ».
« après avoir travaillé pour les Allemands durant la Première Guerre mondiale » Ben oui, vu qu’il était allemand, il en a endossé l’uniforme.
Cela vous chagrine? Ce fut le lot des alsacien-mosellans (et non alsaciens-lorrains, parce que Nancy est lorraine et ne fut pas annexée!); cela peut paraitre incompréhensible pour le français « de l’intérieur ».
Mon arrière grand père était sergent chef dans la Landwehr du Kaiser et prof’ de grec et latin dans le civil.
Moi j’étais engagé volontaire dans l’Armée française, et vous?
Pour les gens de cette période, fatigués des guerres répétitives, l’Europe se comprend. Mais des bourges mal intentionnés en ont fait une €urope (comprenez vous le €?) d’où les peuples, les nations sont rejetées dans le plus grand mépris.
Vous plaisantez? « les États-Unis se sont bâtis sur une relative homogénéité » ces états ne se sont bâtis que sur la tromperie et la force sur des populations considérées comme inférieures : les indiens d’Amérique.
Enfin, comme toujours, il y a beaucoup d’ignorance. Les gens qui pensent selon ce qu’ils entendent, les articles qu’ils lisent, les chaines qu’ils regardent, les commentaires qu’ils boivent, sans aller aux sources. Parfois simplement écouter les discours, et se faire sa propre idée.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette vénérable personnalité qu’ est Robert Schuman ainsi que sur le panthéonisé Jean Monnet!