Editoriaux - Industrie - Santé - 17 octobre 2014

EDF : Hollande, ou l’importance d’être inconstant

L’affaire est tranchée : Henry Proglio ne sera pas reconduit à la tête d’. Fin novembre, c’est Jean-Bernard Lévy, actuel patron de Thales, qui lui succédera. Lévy est sans doute très compétent (ce n’est pas la question), mais enfin, déboulonner le patron d’une grande entreprise publique alors qu’il affichait un bilan impeccable pour lui préférer un remplaçant n’ayant jamais fait ses preuves dans le secteur de l’énergie, c’est tout de même un peu risqué, pour ne pas dire inepte.
 
Les choses allaient bien. Semble-t-il trop. Proglio, fringant capitaine d’industrie, était parvenu à hisser EDF parmi les entreprises françaises les plus puissantes. Avec 36,125 milliards d’euros de chiffre d’affaires, un bénéfice en hausse de 7,4 % en 2013 et un ratio d’endettement au plus bas depuis cinq ans, le premier électricien du pays affichait une santé de fer. Et les perspectives étaient plutôt souriantes.
 
EDF venait en effet de décrocher la timbale outre-Manche, en signant avec le gouvernement britannique un accord portant sur la construction par le géant tricolore de deux réacteurs nucléaires de type EPR, pour un montant de 19 milliards d’euros. Globalement, « HP » avait réussi à désamorcer un certain nombre de craintes concernant le dossier sensible du nucléaire, affirmant sans faux-semblants que la France n’avait pas vocation à se détourner de cette énergie, mais apportant dans la foulée les garanties demandées par les Français.
 
On lui doit d’avoir ouvert le chantier du renforcement des mesures de sécurité dans les centrales, mais aussi d’avoir contribué à dédiaboliser l’atome, montrant qu’en plus de permettre de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, il n’était pas incompatible avec la notion de transition énergétique. Tout le contraire, en fait, puisqu’il permet de financer les énergies renouvelables.
 
Le départ de Proglio ne réduit bien entendu pas à néant les efforts qu’il a entrepris durant son mandat. N’empêche, il provoque une cassure, s’inscrit en contradiction avec le principe de continuité à la tête des grandes entreprises publiques, et ne laisse pas de surprendre. Henri Proglio ne se connaissait pas de concurrents, et s’il avait à craindre que son ancrage à droite ne lui porte préjudice, il pouvait raisonnablement compter sur l’impartialité de l’Élysée pour être reconduit, bilan au carré oblige. Las, c’était présumer du bon sens de notre Président.
 
François Hollande, dans cette affaire, s’est comporté comme un enfant capricieux qui briserait son jouet pour le simple plaisir de montrer que c’est en son pouvoir. Rien ne dit que Jean-Bernard Lévy ne sera pas un bon dirigeant pour EDF. Rien ne dit le contraire non plus. Une inconnue qu’on aurait pu éviter. Il aurait suffit d’être constant, en laissant Henri Proglio à la barre. Mais bon, une entreprise publique saine dans un paysage économique national par ailleurs chaotique, on peut comprendre que ça fasse tache.

Hollande, pour ne pas déroger à sa réputation, se devait de prendre le risque de tout faire capoter. C’est chose faite.

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Ça se confirme, Hollande et ses amis sont vraiment fâchés avec les chiffres. …