On se réjouit, on se félicite, on se persuade : s’il est un bon ministre au sein de la fine équipe qui nous gouverne, c’est celui de l’ nationale. N’a-t-il pas fait des déclarations roboratives qu’un ministre de n’aurait pas osées ? Il a même préconisé d’offrir un recueil de fables de La Fontaine à tous les élèves de CM2. C’est dire s’il est audacieux.

À condition que l’École ne soit pas un canard sans tête courant au loin sans que personne ne puisse le rattraper… pas même Jean- Blanquer ?

La preuve par le manuel édité chez Hatier à destination des CE2 intitulé Questionner et pionnier en matière d’« ». Cet exercice ubuesque de féminisation systématique des mots au moyen de « points médians » rendant les phrases aussi indigestes et illisibles que si elles étaient pour partie rédigées en alphabet morse – les artisan·e·s, les agriculteur·rice·s, etc.- a déjà été dénoncée dans ces colonnes par Gilles Ardinat. Le postulat initial est l’existence d’un lien indissoluble entre genre des noms et guerre des sexes, sans daigner expliquer, avec cette grille de lecture, comment l’utérus peut se trouver être un mot masculin, la barbe, la moustache et la prostate des mots féminins, ni pourquoi – comme le fait remarquer le linguiste Alain Bentolila – on dit UNE avenue et UN boulevard, ni encore par quel étrange mystère, en allemand, le mot fille – “das Mädchen” – se révèle être neutre.

Loin d’aider à l’égalité des sexes, la féminisation des noms de profession la fait au contraire reculer : comme le notait l’Académie française en 1984, cette différenciation volontaire sous-entend que l’exercice de la fonction n’est pas « neutre ». Un chirurgien opérerait-il différemment d’une « chirurgienne » pour que l’on ait besoin de signifier aux patients prudents le du spécialiste ?

Le manuel n’est pas sorti sous le règne de Blanquer puisqu’il date de mars 2017, mais un professeur vient d’en poster la version numérique sur une page Facebook d’enseignants, suscitant une vague de réactions, puis un article dans Le Figaro, ce dernier rappelant que ce type d’écriture n’est en aucune façon demandée par les programmes scolaires. Les Éditions Hatier – qui, en 1900, publièrent le premier Bescherelle ! – auraient pu faire profil bas. C’était mal les connaître. C’est d’un tweet satisfait et provocateur qu’elles saluèrent le papier du quotidien : “Très fier·ère·s d’avoir publié le premier manuel scolaire en écriture inclusive !” Les manuels scolaires ne font donc l’objet d’aucun contrôle, visa, “imprimatur” ?

Étant une bonne fille pleine de bienveillance, je suis prête à répéter, comme je l’entends dire dans tous les dîners mondains où le psittacisme est roi, entre autres mantras, – « Juppé est un excellent maire de Bordeaux » est, par exemple, l’un d’entre eux -, que Jean-Michel Blanquer est la divine surprise de ce gouvernement. Son nom fleurant bon la France blanquette de veau des années 60 joint à sa virile alopécie (encore un mot féminin) tendent confusément à laisser penser que fondamentaliste et lui font deux. Mais ma patience a des limites, et ces limites portent un nom : celui de mes enfants. J’en ai justement un en CE2, qui lit encore en butant sur les mots, et que je n’ai aucune envie d’offrir en cobaye aux lubies de ces illuminées. Alors il va falloir qu’il tape du poing sur la table, et qu’il le fasse fissa. Offrir à mes petits les fables de La Fontaine dans du papier de soie ne suffira pas, ils les ont déjà.

25 septembre 2017

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