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Culture - Editoriaux - Politique - Sport - 16 août 2014

Écologie : la France défigurée (3/3)

De même que nos campagnes, nos villes portent un héritage architectural d’une rare richesse. Les destructions infligées par les deux guerres mondiales à certaines régions ont donné le premier signal de la laideur urbaine. Les graves erreurs de la reconstruction, la démolition de monuments qu’on pouvait sauver et restaurer, l’érection d’îlots de béton, la transformation de la physionomie urbaine sont une leçon pour nos contemporains : ces horreurs sont définitivement implantées ; le coût de leur remplacement est tel qu’il est inconcevable autrement qu’à l’occasions d’opération menées par des promoteurs, à un rythme forcément limité. Et sans garantie d’esthétique !

Notre époque qui se veut écolo a imposé au cœurs de nos villes la dictature du transport en commun. On pourrait s’interroger sur le résultat de cette politique qui, en multipliant les véhicules lourds et polluants, aboutit à la création d’embouteillages générateurs de pollution atmosphérique… Mais c’est le dogme contemporain : il faut remplacer la voiture par le bus. Le prix de cette idéologie, c’est l’adaptation des villes à l’autobus. On crée des voies dédiées, on aménage des sites propres, on bouleverse la voirie. Bien entendu, on n’hésite pas à couper des arbres qui faisaient le caractère d’un boulevard, parfois à raser des maisons qui gênaient le passage du mastodonte articulé ; les voies piétonnes, qui rendent les centres-villes si agréables, sont désormais partagées avec des véhicules de transport en commun, tram, bus. Et peu à peu, nos villes se défigurent plus sûrement qu’à l’époque des tramways et leurs câbles aériens.

Au nom des économies d’énergie, on a laissé quelques milliers de revendeurs sans scrupules convaincre les propriétaires des bienfaits de la fenêtre plastique. C’est une invasion de PVC qui colonise les façades urbaines. La plupart du temps sans aucun souci de préserver le caractère esthétique de l’immeuble : les artistes savent qu’il suffit d’un détail raté pour détruire toute l’harmonie d’un ensemble. Il suffit de réduire la surface vitrée des fenêtres, parce qu’on en change le matériau, pour abîmer l’architecture. Ou, pour des raisons d’économie, ne pas y faire poser les traverses horizontales qui rythment les ouvrants en brisant leur austère verticalité.

Les règles d’urbanisme existent ; les faire respecter semble, sur ces questions, mission impossible. Quand un architecte des Bâtiments de France impose de changer à trois reprises la nuance du bleu des volets d’un immeuble ancien, il laisse faire le chantier d’à côté à l’occasion duquel les vieilles croisées de bois laissent la place au plastique thermoformé qui jaunira dans les trois ans…

Prendre conscience de cet enlaidissement progressif de notre pays est une chose ; trouver les remèdes en est une autre. La plupart du temps, il suffirait de faire respecter les règles existantes. Et le reste du temps, de faire preuve de goût… Apprendre la beauté, n’est-ce pas une mission prioritaire pour un ministre de la Culture ? Faire découvrir aux enfants – et aux plus grands – le sens du beau, de l’harmonie d’un paysage, du mélange des couleurs ; faire aimer le patrimoine architectural et naturel ; en bref, donner le goût des belles choses. Mission impossible ?

Si l’on considère la politique culturelle comme la promotion “d’artistes” subventionnés, c’est mal parti. Mais, si l’on veut bien intégrer à une œuvre de renaissance française l’éducation à la beauté, l’amour de nos vieux paysages et le goût de l’harmonie, alors l’espérance est là : celle d’une génération qui saura, comme celles qui nous ont précédés, marier notre héritage à son époque et dessiner une France plus belle que celle d’aujourd’hui.

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