Culture - Editoriaux - International - 5 novembre 2016

Écoles de gestion : comment peut-on être Français ?

Un trait caractéristique de notre nation est de s’enticher de toutes les modes, des plus frivoles aux plus pernicieuses. Or, l’une de ces tocades consiste à adopter, dans ce domaine hautement stratégique qu’est l’enseignement du commerce, la langue de l’Amérique.

Comme le rappelait Claude Hagège, dans son ouvrage, Contre la pensée unique, l’anglais, ou plutôt le globish – ce sabir de tarmac -, n’est pas une langue uniquement consacrée à la communication, mais fait entrer de plain-pied dans le monde anglo-saxon, ses mœurs, ses sensations, ses tics et, l’on pourrait ajouter, sa « pensée » – si l’économie n’était, somme toute, que l’absence de pensée. Car c’est au nom de l’efficacité fonctionnelle que prévaut la domination désormais officialisée par l’article de loi promulgué par l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, permettant l’utilisation exclusive de l’anglais dans les universités et les grandes écoles.

C’est le cas, désormais, dans de nombreuses écoles de gestion, adeptes du « full English ». L’EM Lyon, l’ESC Dijon-Bourgogne (Burgundy School of Business) ont sauté le pas, arguant d’une « meilleure visibilité internationale ». La transmission des arcanes du business et du management s’y fait maintenant entièrement dans la langue de Margaret Thatcher.

La France aurait pu (employons le conditionnel irréel !) réunir un espace francophone de 700 millions de francophones, mais non ! On saborde tous ces atouts. Dans un monde uniformisé par la mondialisation mercantile, l’originalité, la singularité sont des cartes qu’il serait stupide d’abandonner. De nombreux étudiants étrangers viennent dans notre pays, pour la qualité de son enseignement d’élite, certes, mais aussi attirés par le prestige historique et culturel de la France. Pourquoi dédaigner cette chance ? À l’heure où l’on dépense des centaines de millions d’euros pour des migrants qui risquent de devenir des assistés, il n’est pas impensable de financer des cours accélérés de langue française pour de jeunes étudiants qui apprennent vite et bien, et sont susceptibles de voir, dans l’apprentissage d’une langue aussi répandue que la nôtre, un avantage pour leur carrière.

D’autant que les équivalents français existent pour les termes anglais. Les Québécois, en pointe – et pour cause ! – dans la défense de la langue de Molière, ont édité des dictionnaires très efficaces pour passer d’un idiome à l’autre. Pourquoi ne pas prendre exemple sur nos cousins d’Amérique ?

Certes, il ne s’agit pas de refuser bêtement l’anglais. Mais la variété linguistique est la garantie que l’on peut s’exprimer dans un univers riche et humain. L’anglais des affaires est une langue pauvre, qui ne nécessite pas un vocabulaire particulièrement profond et nuancé. N’importe quel locuteur dont l’anglais est la langue maternelle l’emportera toujours sur un étranger qui apprend sa langue. Nous risquons de nous condamner à n’être que des sous-Américains.

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