École privée musulmane sous contrat, c’est le contribuable qui paye

Le 22 mai, à Marseille, l’école musulmane Ibn Khaldoun a posé, en présence de la sénatrice PS Samia Ghali, de la représentante de Jean-Claude Gaudin, d’Amar Lasfar, du président de l’UOIF – branche française des Frères musulmans et déclarée organisation terroriste par les Émirats arabes unis, en 2014 – et des ambassadeurs du Koweït et du Qatar, la première pierre de ses nouveaux bâtiments. À cette occasion, cette école s’est réjouie de la prochaine obtention, au mois de juin, du statut d’école privée sous contrat. La quatrième à obtenir le précieux sésame. Et la quatrième d’une longue liste à venir : déjà une trentaine d’établissements agrées par l’académie et une quarantaine en projet.

En effet, “développer les établissements scolaires privés musulmans sous contrat” pour mieux “organiser l’islam dans la République”, c’est la dernière ligne du rapport d’étape de cinq pages du groupe de travail Cohésion républicaine, créé dans la foulée des attentats de janvier et présenté le 1er février aux différents secrétaires socialistes de section. Même vision au ministère de l’Intérieur quand, le 25 février, Bernard Cazeneuve confirme les positions dudit rapport : “Le gouvernement veillera à ce que l’enseignement privé confessionnel musulman puisse se développer dans le respect des principes républicains […]”

Mais la censure des programmes scolaires, au lycée franco-qatari de Doha, inauguré par Nicolas Sarkozy en 2009, qui entraînera le retour en France de son proviseur, personne n’est au courant, place Beauvau ? Ouvrir un livre où figurent statuaire grec (des nus), église, abbaye, cathédrale ? Républicain mais impossible à étudier dans un établissement du Qatar. Lire une histoire où un ourson s’appelle Matthieu ? Le procureur général du Qatar vous menace de dix ans d’emprisonnement. Républicain, le Qatar ? Le proviseur du lycée, Jean-Pierre Brosse, refusera de modifier les programmes : “On va glisser tout doucement jusqu’à arriver à une école coranique qui aurait planté le drapeau français sur son toit, et ça, c’est inacceptable”, confiera-t-il à “Envoyé spécial”. Lucide, M. le proviseur.

Mais pourquoi, alors, la création d’écoles musulmanes ? Quelle ambition nourrit l’UOIF ? “[…] Faire perdurer l’identité religieuse dans les communautés immigrées musulmanes” , “former une élite susceptible de fournir des cadres à la communauté” et encourager “le prosélytisme religieux”, telles sont les conclusions – fort inquiétantes – du chercheur Samir Amghar.

Et justement, au PS, le sujet d’établissements scolaires musulmans privés sous contrat est explosif. Pour la sénatrice Samia Ghali, “c’est la seule communauté qui ne soit pas reconnue à sa juste valeur”. Pour le Parti radical de gauche, “ces propositions sont indignes de la tradition socialiste d’émancipation vis-à-vis des religions […]”. Là, on se gausse. Quant aux Républicains, ils ne se mouillent pas et préfèrent garder un silence prudent.

Le plus cocasse, dans cette histoire ? Le nom donné à cette école : Ibn Khaldoun. Historien, philosophe, homme politique au XIVe siècle qui écrivit : “Les seuls peuples à accepter l’esclavage sont les nègres, en raison d’un degré inférieur d’humanité, leur place étant plus proche du stade animal.”

Un détail de l’Histoire, certainement, pour les élus socialistes.

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