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Editoriaux - Histoire - Musique - Politique - Table - 17 février 2016

Eagles of Death Metal : de drôles de paroissiens

Il y a des faits divers susceptibles de faire décoller les carrières en jachère relative. Ainsi, les , tombés, ou ayant trébuché, pour être plus précis, au champ d’honneur du Bataclan et qui jouent les prolongations à l’Olympia. Comme si ces héros revenaient de Verdun, d’Iwo Jima ou du Monte Cassino.

Hier, ce groupe quasi inconnu, si ce n’est des abonnés de Rock & Folk, est désormais devenu symbole de « résistance ». Et Jesse Hughes, son leader et chanteur, invité sur la presque totalité des plateaux télé à s’exprimer ; comme, hier, on faisait parler les oracles. Esprits retors et sceptiques, prière de ne pas ricaner, car nous avons là affaire à un héros de l’espèce virile et velue.

Bon, le fait que dès les premiers coups de feu tirés au Bataclan, en novembre dernier, il se soit carapaté comme tout le monde ne saurait ternir son blason. Qu’importe, à l’instar du général MacArthur, il est revenu, à l’Olympia donc, et sous haute couverture policière, tel qu’il se doit. Un acte de résistance, vous dit-on. Tout comme celui des spectateurs, vétérans du 13 novembre dernier, ou tout simplement nouveaux impétrants dans cette guerre sans merci que se livreraient, paraît-il, sectateurs de guitares et de kalachnikov.

Pour dire le sérieux de la chose, des cellules de soutien psychologique étaient évidemment là afin de tenir la main des survivants, entre deux rappels et un possible lâcher de ballons. Prière de ne pas rire.

Là où le machin tourne au vinaigre et devient des plus rigolos, c’est le groupe en question. « Eagles of Death Metal » ? Musique, donc, désignée comme « sataniste » par une certaine cathosphère pour laquelle la musique du diable se nichait déjà au siècle dernier dans le piano à bretelles d’André Verchuren. Et pas mieux dans une islamosphère radicale ayant parfois tendance à confondre Lady Gaga et Oum Kalsoum.

Au fait, qui es-tu, Jesse Hughes ? Et c’est là que ça devient plus rigolo encore. Pour résumer, et ce, malgré l’intitulé de son groupe, le gugusse en question ne joue jamais rien d’autre qu’un bon vieux boogie-rock, renaudant fort de l’aisselle, ambiance camionneurs tatoués avec pin-up épinglées dans la cabine du Mack ; le genre a ses adeptes et tous les mauvais goûts sont dans la nature.

D’un point de vue politique et sociétal, ça se complique. Car si l’on résume, Jesse Hughes, drogué notoire, est aussi chrétien fervent. Il est contre l’avortement et pour les armes en vente libre. Pour le porno et le crystal meth (dérivé de cristaux de cocaïne, un crack en encore plus violent). Créationniste, ancien fan de Ronald Reagan et de George W. Bush, il est aujourd’hui fervent soutien de Donald Trump ; comprenne qui pourra…

Du point de vue religieux, on ne sait trop s’il est juste chrétien ou catholique – aux USA, la nuance est de taille. Mais, entre deux descentes de dope et trois tournées, savons-nous au moins qu’ordonné prêtre dans la très bizarre Universal Life Church, il célèbre des mariages. Lesquels ? Ceux de ses fans ? De milliardaires en proie au spleen existentiel ou de clochards ramassés au coin de la rue ? L’histoire ne le dit pas. Ce qui est en revanche avéré, c’est cette phrase demeurée fameuse : « Ce dont le pays a besoin, c’est que tout le monde retourne dans les églises ! »

Un film, Redemption of the Devil, lui a même été récemment consacré. Notre confrère Télérama l’a vu pour nous : « Hughes n’aime rien tant que fumer des kilos d’herbe avec sa copine, Tuesday Cross, ancienne actrice porno, qui parle de sa “bite” toutes les deux minutes et jure à longueur de temps, ce qui énerve beaucoup sa mère. » Comme icône démocratique et arbitre d’élégances humanistes, on a déjà vu mieux. D’où le même malaise ressenti chez un autre de nos confrères, Les Inrockuptibles, se demandant si le Jesse Hughes en question ne serait pas un peu « facho » sur les bords… Sandec ?

Ces choses écrites, la musique des Eagles of Death Metal est parfaitement écoutable. Remarquez, Dave, C. Jérôme et Joe Dassin aussi.

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