Editoriaux - Histoire - Religion - 5 mai 2015

Du 11 septembre à Charlie Hebdo, un seul coupable : l’islamophobie

Le Monde nous apprenait récemment qu’en une décennie (2005-2015), sur 523 numéros de Charlie Hebdo, sept couvertures concernaient l’islam : douze morts à l’arrivée, avouons que cela laisse peu de marge. Au même moment, Luz annonçait officiellement au monde (pas le journal, cette fois, le monde réel) qu’il s’était lassé de Mohamed, et que par voie de conséquence il ne le dessinerait plus.

Ce 4 mai 2015, l’association américaine AFDI (American Freedom Defense Initiative) décernait un prix de 10.000 dollars au gagnant d’un concours de caricatures de Mohamed près de Dallas. Résultat : deux islamistes abattus par la police. Selon la directrice de la branche texane du CAIR (Council on American-Islamic Relations), il s’agit d’une “tentative éhontée de faire réagir la communauté”. Faux : il s’agit d’une tentative éhontée de ne PAS faire réagir la “communauté”, en l’habituant coûte que coûte à l’idée qu’en démocratie, on peut rire de tout.

Il y a une dimension dialectique, sémantique, à cette guerre (puisqu’il y a des morts) et la sidération intellectuelle de l’adversaire y prend une part éminente : qu’attendre d’autre d’une religion prônant, dans ses textes, dissimulation et ruse ? Un certain nombre de mécanismes subliminaux culpabilisants régissent ainsi notre présent à travers notre passé (revisité). Ajoutez un zeste de “syndrome de Stockholm” et nous y sommes : du 11 septembre à Dallas, en passant par Charlie Hebdo, un seul coupable – l’islamophobie.

L’islam nous assène invariablement nos croisades, mais il nous vient rarement à l’esprit de lui retourner le compliment : que foutait donc la soldatesque musulmane à Poitiers trois siècles avant la première d’entre elles ? Il y a antériorité de l’agression musulmane, nous n’avons nulle leçon d’histoire à recevoir. Réponses islamiques programmées : il ne peut s’agir d’agression puisque l’islam est “paix et amour”. Ou, si l’agression est avérée, “ce n’est pas l’islam”. Ou, mieux encore, la bataille de Poitiers est un mythe (suivez mon regard : pas de bataille, pas d’agression).

En 1939, Bernanos (Scandale de la vérité), dans une critique au vitriol de Maurras, décrit un mécanisme de défense rappelant de manière stupéfiante celui de l’islam actuel : “Sa doctrine ne l’exprime nullement, elle s’efforce seulement de le justifier, elle travaille inlassablement à fermer toutes les brèches par où nous pourrions pénétrer jusqu’à sa personne, jusqu’à sa vérité profonde, cachée soigneusement à tous et probablement, hélas, oubliée de lui-même. Sa doctrine le définit, comme les théologiens définissent Dieu, non par ce qu’il est, mais par ce qu’il n’est pas. Ainsi échappe-t-il à toute prise de l’adversaire auquel il oppose aussitôt quelque formule de son dictionnaire […]”

L’on s’écharpa gravement en France autour de la question de savoir si Vichy était l’État français ; et l’État islamique, est-il l’islam ? Pas inintéressant de noter peut-être qu’au nom de ce principe, les partisans de la première thèse sont souvent adversaires de la seconde : ils se trouvent être soit de gauche, soit musulmans, voire les deux. Après tout, sommes-nous en démocratie, où la caricature est permise, n’est-ce pas, Charlie ? Enfin, on ne sait pas pour combien de temps encore, n’est-ce pas, Luz ?

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