Le centre de gravité des débats s’est-il droitisé ? Tout porte à croire que non. François Fillon accuse Jean-François Copé de prendre « tous les virages à droite » et de faire « dévier la ligne du parti ». Ce langage de la « droitisation » déviant ou dérapant d’une « ligne » orthodoxe a une origine très précise : c’est le langage du Politburo sous Staline.

Ce jargon, utilisé contre Boukharine et consorts, a ensuite traîné ses guêtres dans les rangs du PCF, s’est transmis aux groupuscules gauchistes en 68, pour hiberner dans les rangs trotskistes avant d’être récupéré par la gauche comme arme de propagande contre la droite.

Sur le fond, cette idée est démentie par la plupart des indicateurs disponibles. Par exemple, la campagne médiatique déclenchée contre un récent numéro de l’hebdomadaire Le Point, accusé d’islamophobie. Ce qui n’avait pas été le cas de dossiers antérieurs encore plus fermes contre le défi islamiste (en février 2006 et décembre 2007, par exemple).

L’hebdomadaire de centre-droit a même choisi d’interviewer un sociologue marqué à gauche, qui affirme que, concernant l’islam « ce qui était à l’extrême-droite est désormais au centre », ainsi que Tariq Ramadan, qui prétend que le Parti socialiste s’est « aligné » sur le Front national.

Ainsi, même dans un journal accusé d’islamophobie, se trouve soutenue la thèse de la droitisation (incluant l’idée délirante d’une extrême droitisation de la gauche). Cela démontre que ce n’est pas le journal qui est devenu islamophobe. Ce sont les élites qui sont de plus en plus unanimes et chatouilleuses. L’accusation d’ fuse désormais pour un oui ou pour un non.

Un intellectuel censé représenter la gauche modérée comme Pierre Rosanvallon n’a pas hésité à accuser Sarkozy de promouvoir « les formulations les plus archaïques de la xénophobie et du rejet de l’autre ». Autre preuve de « gauchisation » des débats, la droite des années 80 parlait de « réduire l’immigration », celle des années 90 de « réduire l’immigration clandestine » et celle des années 2000 « d’immigration choisie ».

Pour ne pas désigner la réalité, on a successivement parlé de « jeunes de banlieue », puis de « sensibles » au pluriel, puis de « quartiers sensibles », puis de « quartiers » ou de « jeunes » tout court car, après le mot « banlieue », c’est au tour du mot « sensible » d’être considéré comme inconvenant.

Ces consignes de langage sont mauvais signe pour l’avenir de la liberté. On est passé de l’euphémisme au jargon, puis du jargon au mot d’ordre, et du mot d’ordre à l’anathème contre ceux qui l’enfreignent. Le curseur s’est déplacé vers la gauche de l’échiquier politique.

18 novembre 2012

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