Editoriaux - International - Médias - Politique - Sport - Table - 29 décembre 2016

Dopage en Russie : le bal des hypocrites

À l’entrée du stade d’Olympie, un juge sentait l’haleine des concurrents pour tenter d’y déceler l’odeur du vin, considéré comme dopant et dès lors interdit. Aujourd’hui, la lutte qui oppose l’arme « dopage » au bouclier « contrôle » se poursuit tant bien que mal. Dernier scoop en date : l’aveu de la présidente de l’agence antidopage russe Mme Antseliovich, qui confirme le dopage institutionnel et massif en Russie mis en évidence par le Canadien McLaren. Certes, la confession dévoile un complot de lampistes des services secrets où le Kremlin n’aurait aucune responsabilité. Chacun est libre d’y croire. Ou pas…

Des interrogations semblent légitimes : la position complexe et inconfortable de la Russie sur un échiquier politique international perturbé est-elle la cause d’une focalisation sur ce pays plus qu’un autre qui ne tricherait pas moins, mais serait plus discret ? L’aveu des Russes est-il un simple gambit pour détourner l’attention et faire autre chose ailleurs ? Il est impossible d’y répondre.

Le sport est, depuis toujours, un enjeu de pouvoir. Politique d’abord : les États moissonnent des médailles dans ce qui ressemble – désolé pour la trivialité – à un concours de bites à la récré. Cela n’a pas changé depuis la course qui opposait Ajax et Odysseus lors des jeux funéraires de Patrocle. C’était, déjà, un odieux instrument de propagande en 1936 à Berlin.

La diffusion en boucle des sports par les médias fait que les sportifs peuvent aussi devenir les mercenaires de marques qui s’affrontent sur le grand marché mondialisé. Les sponsors payent pour un service et n’hésitent pas à protester de leur innocence dès que le poulain se fait prendre le doigt dans le pot de confiture. La diffusion elle-même devient l’enjeu de tractations : le flux d’images est un produit comme un autre, obéissant à la loi de l’offre et de la demande. Peut-être que, bientôt, les sportifs demanderont à bénéficier du statut d’intermittent du spectacle.

L’égalitarisme le plus étriqué guide un certain nombre de nos dirigeants politiques, et pourtant ceux-ci ne s’indignent pas des différences de performance dictées par les morphologies et la biomécanique de chaque individu. Ces asymétries peuvent être gommées ou accentuées par l’entraînement et la maîtrise technique qu’il procure et par l’hygiène de vie. Ou par des recours moins licites, mais alors, comment justifier la limite ? Lorsqu’un Michael Phelps se fait poser des ventouses avant une compétition, lorsqu’un Novak Djokovic séjourne dans un caisson hyperbare, nul doute que ce n’est ni plus ni moins qu’une sorte de « dopage light » qui a le bon goût de ne pas franchir les limites autorisées. Soit plus un problème de curseur que de nature.

Nous devrions nous réjouir, il ne s’agit que de dopage ! Demain, le transhumanisme appliqué à la performance sportive permettra de tricher de tant de manières différentes. La boucle sera bouclée quand, en parallèle du maillot jaune, sera remise la blouse jaune du meilleur pharmacien/chirurgien/biomécanicien qui contribuera à son succès. Pour tuer l’intérêt du sport ? Le panem et circences est bien trop utile pour le permettre.

À lire aussi

#MyLastShot : l’arbre qui cache la forêt ?

Exhiber la violence crue, nue, gratuite, stupide, indécente, abjecte pour la faire reculer…