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Editoriaux - Musique - Politique - Sport - 20 novembre 2014

Docteur Macron et Mister Hyde

C’est en décembre qu’ devrait présenter au Conseil des ministres son « projet de loi pour la croissance et l’activité », dont plusieurs propositions ont déjà été dévoilées, telle la désormais fameuse libéralisation des autocars. En visite à Londres, où le “french bashing” est devenu un sport national, le ministre de l’Économie y est allé de sa petite musique pour convaincre la patrie d’Adam Smith que notre pays est entré de plain-pied dans l’ère de la modernité libérale. La preuve : il envisage même de supprimer les 35 heures et de réformer l’assurance chômage.

L’abrogation des 35 heures est un de ces serpents de mer dont raffolent les politiques. Tout le monde en parle, personne ne passe jamais à l’acte. Probablement parce que la loi a déjà été très assouplie par une succession de décrets permettant de négocier des accords pour organiser le temps de travail. Emmanuel Macron envisage-t-il de passer aux 39 heures payées 35, comme le préconise Hervé Morin ? On lui souhaite bien du courage avec les syndicats. La réforme affaiblirait le pouvoir d’achat des salariés et détruirait de l’emploi dans des entreprises se retrouvant en sureffectif. Les effets bénéfiques sur la compétitivité se feraient sentir à plus long terme.

S’attaquer à l’allocation des chômeurs est à la fois démagogique et délétère. Dès lors que les Français s’acquittent de cotisations chômage nettement supérieures à la moyenne (6,4 % contre 3 % en Allemagne, par exemple), il est logique qu’ils soient mieux indemnisés que leurs voisins. Le taux de remplacement du salaire, s’élevant à 67 %, nous situe au huitième rang des pays de l’OCDE. Seuls 41 % des chômeurs peuvent prétendre à la durée maximale d’indemnisation. Raccourcir celle-ci plongerait encore un peu plus dans la précarité les actifs qui enchaînent les CDD. Le plafonnement de l’allocation, fixé à 7.184 euros bruts par mois, pourrait être revu à la baisse, mais il ne concerne que 0,2 % des indemnisés.

Et on ne le dira jamais assez : avant de pénaliser les demandeurs d’emploi, il faudrait peut-être commencer par leur proposer du boulot. C’est là qu’Emmanuel Macron nous brandit son joker : le travail dominical. Il pourrait même avoir recours au décret ministériel, au grand dam d’Anne Hidalgo qui craint que la mesure nuise au petit commerce. Les grosses enseignes peuvent se frotter les mains. Il ne manque plus que la suppression du SMIC, tant qu’on y est. Mais comme il faut bien faire croire aux électeurs qu’il est encore un peu de gauche, le ministre s’est parallèlement prononcé pour une baisse du tarif des péages d’autoroutes, pour la suppression des retraites chapeau et contre celle de l’ISF.

Pendant ce temps-là, les PME continuent de subir la pression fiscale, le poids des charges patronales, les seuils sociaux et autres innombrables contraintes administratives ; autant de freins au développement, à l’investissement et à l’embauche. Le CICE, dispositif complexe aux résultats décevants, devrait être transformé en baisse de cotisations sociales en… 2017.

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