La Banque centrale européenne (BCE) informait la presse, mercredi 4 mai, qu’elle allait cesser d’émettre le billet violet (rose pour certains romantiques) de 500 euros. L’événement semble, à première vue, de faible importance et pourtant, il doit nous alerter.

D’abord, si la France et les États-Unis d'Amérique sont peut-être les deux derniers pays du monde à encore user du chèque vielle école, ce moyen de paiement a disparu presque partout. En , en Belgique, aux Pays-Bas, etc., la coupure de 500 euros permettait à des particuliers de se transmettre de grosses sommes sans passer par un virement avec les numéros qu’on recopie mal et les mots de passe qu’on oublie. Mais cela ne nous concerne guère puisque, soyons honnêtes au moins avec nous-mêmes, peu d’entre nous payent le restaurant en tendant nonchalamment au serveur deux billets de 500 euros.

Non, ce sont les motifs invoqués qui appellent à la défiance. Il s’agirait, figurez-vous, d’empêcher la fraude fiscale et le financement du terrorisme. Exactement comme lors de l’abaissement, en juin 2015, du plafond des paiements en liquide à 1.000 euros, quoique les étrangers aient toujours le droit de payer en billets jusqu'à concurrence de 10.000 euros. Sans doute parce que les étrangers ne financent pas le terrorisme...

La vérité est que les gouvernements cherchent à réduire le volume de fonds en espèces jusqu’à les supprimer. L’argent liquide disparu, le contrôle et la surveillance de tout mouvement, même infime, sera total. Pas un euro ne quittera votre poche sans que ne s’inscrivent, à l’instant même, un moins dans une colonne et un plus dans une autre, la date et l’heure de l’échange et son objet, le nom de la nouvelle poche. C’était le volet surveillance, mais il y a pire encore : c’est le volet contrôle.

Car votre argent, réduit à l’état d’une suite de nombres sur un écran, sera entre les mains du teneur de compte. Vous avez dix mille euros et voulez les utiliser ? Dommage, votre compte est bloqué, votre carte n’est plus qu’un bout de plastique dans votre main débile. Vous pourrez crier, défoncer les murs, votre argent n’est plus qu’onde et signaux binaires ; essayez donc de l’attraper.

D’une pierre deux coups. Premier coup : quoi qu’il advienne à l’économie, vous ne pourrez plus aller chercher votre liquide à la banque pour le ramener chez vous. Vous pourrez changer de banque mais vos pépettes resterons bien sagement dans un établissement de paiement et de crédit, et non sous les lattes du parquet. Deuxième coup : impossible d’échapper à l’impôt. La suppression du liquide sera, à cet égard, l’équivalent d’un de Berlin patrimonial. À vous qui êtes perdus dans l’enfer fiscal, abandonnez tout espoir.

La suppression du billet violet est le signal qu’il va falloir trouver de nouveaux modes d’échanges avant d’être pris dans la nasse. L’enjeu n’est pas de pouvoir frauder l’État en permanence, ni de vivre comme si le monde allait s’effondrer dans l’heure qui suit, mais de conserver un domaine humainement nécessaire de discrétion et d’indépendance, surtout dans l’usage qu’on fait de ses biens. Je propose, pour ma part, le retour au troc. Réfléchissez, vous avez quatre heures.

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5 mai 2016

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