Dans ma France à moi, Monsieur Cardoze, qui venez de commettre un texte sur Boulevard Voltaire, on ne fait pas le panégyrique, même nécrologique, d’un traître, fût-il un « gentil » membre du Parti communiste algérien et eût-il « cosigné (très tardivement) une lettre demandant à l’État français de reconnaître l’abandon tragique des harkis en 1962 ». Ces harkis dont il contribua au massacre de par son adhésion militante à la cause du FLN. Un traître est un traître, et l’Algérie de Boumediène le chassa, en effet, dès 1965.

La question n’est pas son ouvrage « La Question », qui fit grand bruit et le propulsa un temps à la tête des intellectuels luttant (à Paris) contre l’impérialisme et le colonialisme en compagnie d’une belle brochette de porteurs de valises qui faisaient passer de l’argent aux fellaghas. Argent, il faut le rappeler sans cesse, destiné à armer la rébellion et à faire tuer les nôtres (25.000 soldats sont revenus de « là-bas » dans une caisse et dans l’indifférence générale).

La question est : fallait-il attendre gentiment que les suspects veuillent bien parler des lieux où étaient déposées les bombes destinées à déchiqueter des passants innocents ou bien fallait-il les faire parler, à tout prix, parfois à n’importe quel prix, pour avoir le temps de désamorcer les engins de mort dont le tic-tac de la mise à feu était enclenché au pied des réverbères (en fonte) où ils étaient souvent déposés ?

Oui, nous avons utilisé la torture. Oui, c’était avec l’accord tacite du gouvernement. Oui, cette forme de contre-guérilla, dans les guerres dites asymétriques où l’ennemi utilise des moyens de terreur aveugle, est une arme non prévue par la Convention de Genève et, en principe, formellement interdite. Oui, c’est condamnable d’avoir passé outre lorsque le temps travaillait contre les artificiers démineurs. Non, je ne condamne pas les officiers de renseignement qui y ont eu recours et qui ont certainement sauvé la vie d’un grand nombre de Français (chrétiens, juifs ou musulmans). Oui, « plusieurs des officiers qui participèrent à ces crimes (amnistiés) ont été promus et décorés. Leurs noms sont connus. Les rappeler serait les diffamer. Silence, donc. »

Non, pourquoi « silence » ? Citez-en quelques-uns, Monsieur Cardoze. En cas de troubles de mémoire, vous trouverez facilement leurs noms dans les archives du PCF, où vous avez milité avant d’être journaliste à L’Humanité. Ils y sont certainement répertoriés dans un vieux fichier spécial marqué « à éliminer en priorité lors du grand soir ».

À défaut pour le Parti de ne jamais prendre le pouvoir, publiez quand même leurs noms, vous ne les diffamerez pas, j’en suis sûr, mais beaucoup qui étaient là-bas pendant « les événements », et qui en ont réchappé, pourront avec gratitude mettre un nom sur certains de ceux qui leur ont probablement sauvé la vie, au prix parfois de leur honneur perdu.

Cela étant, je ne vous reproche pas d’avoir vos fidélités et vos héros, et d’écrire là-dessus car je suis de ceux qui acceptent toutes les opinions et qu’elles puissent être publiques sans risque de censure ou de procès en diffamation, même si on professe que la terre est plate, pour ne prendre qu’un exemple anodin. De ce fait, j’espère que vous ne me reprocherez pas non plus d’avoir voulu remettre un peu les pendules à l’heure en évoquant les circonstances extraordinairement dramatiques qui ont conduit à ces crimes (largement partagés par le FLN qui y ajoutait des raffinements tout orientaux).

Je le dois à Philippe, Claude, Jean-Claude et aux 730.000 autres tués dans cette sale guerre franco-française (260 morts par jour pendant 7 ans et 8 mois) qui a, une fois de plus, coupé la France en deux.

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