On savait déjà que de tous les périls menaçant notre douce France, le racisme pointait en tête, avec, tout juste derrière, les stéréotypes sexistes et le complot des unijambistes à poil long. Nous étions pourtant loin du compte. En effet, il y a encore la discrimination par l’accent, selon que vous parlerez “pointu” ou pas.

Le drame commence en avril 2013, lorsque Le petit Journal raille, sur Canal Plus, Marie-Arlette Carlotti qui, s’adressant aux Parisiens, use de ce même accent “pointu” pour ensuite emprunter celui, nettement plus chantant, des administrés de son Midi d’origine. Quelle bouillabaisse ! Du coup, un documentaire, “Avec ou sans accent”, consacré à ce brûlant sujet, devrait être tôt diffusé sur France 3.

On devrait y apprendre, entre autres fracassantes révélations, que l’accent « le plus pur » de France serait de Tours. Voilà qui tombe bien et j’en profite pour saluer mon tonton préféré, un Tourangeau. À peine plus sérieusement, un certains Médéric Gasquet-Cyrus, professeur de l’université d’Aix-Marseille, nous apprend : “Dire à quelqu’un qu’il a un “accent”, c’est non seulement le renvoyer à une altérité, mais également à un rapport normatif et hiérarchique implicite, puisqu’il a un “accent”, c’est par rapport à quelqu’un (l’interlocuteur) qui n’en a pas…” Bref, de l’art de branler le mammouth en un affreux galimatias, qu’il soit ou non avec accent.

Et là, il faudrait savoir : les promoteurs acharnés de la « diversité » seraient-ils les mêmes à assurer une « uniformisation » laïque, gratuite et, surtout, obligatoire ? Déconstruire les normes, les sexes et le verbe français, histoire d’en faire un magma informe et lutter dans le même temps contre nos si charmants particularismes langagiers ? Eh oui, c’est possible. À en croire Slate.fr, “depuis quelques années, les travaux des linguistes sur les variations du langage comme vecteur de discrimination alimentent les débats linguistiques dans les pays anglo-saxons.” Il est vrai que les dingueries sociétales nous viennent plus souvent d’Angleterre et des USA que d’ ou du Zimbabwe.

À en croire ces érudits, cette discrimination toucherait principalement les journalistes. Jean-Michel Apathie devrait porter plainte, quoiqu’il ait fait une grande partie de sa carrière sur un accent basque des plus tonitruants. Quant à votre serviteur, il ne dira mot ; avantage de la presse écrite. Ou alors, je prends le boulot de Francis Cabrel, qui lui aussi, s’est fait la cerise en grande partie grâce à un accent à couper à la hache, et lui écrira mes papiers. Mais, d’un côté comme de l’autre, il est à craindre que nous ne fassions que des déçus.

Tant qu’à causer des Anglais, cette vérole d’un genre nouveau nous venant d’Outre-Manche, faudra-t-il qu’un Rod Stewart et un Eric Clapton, arrêtent de s’exprimer en un abominable accent cockney et que les Beatles – les deux survivants tout au moins – persistent à massacrer la langue de Shakespeare avec leur abominable accent liverpuldien ? On n’a pas entendu dire que, depuis le début des années soixante, cela ait pu nuire à leur carrière…

En attendant, en perfide Albion, île qui n’est jamais en retard d’une dinguerie, le ministère du Travail local vient de mettre en ligne une vidéo sur cette affaire dont même le plus ahuri de nos lecteurs reconnaîtra qu’elle n’est pas tout à fait de prime urgence. Intitulé du trucmuche : “Vous n’avez pas à perdre votre accent pour décrocher un job”.

Nonobstant, et ce des deux côtés de la Manche, certains gagneraient à retrouver leurs neurones pour faire semblant d’être ministres.

12 novembre 2015

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