Editoriaux - 19 avril 2016

Discriminations à l’embauche : une campagne qui fait plouf-plouf ?

« Les compétences d’abord », tel est le nom de la « campagne de sensibilisation pour lutter contre les discriminations à l’embauche » lancée le 18 avril par le ministère du Travail. À une série d’affiches vient s’ajouter un « testing » consistant, selon Myriam El Khomri, à « envoyer des CV identiques, en changeant le nom, en ciblant plusieurs dizaines d’entreprises ».

« Les entreprises ont intérêt à se montrer vigilantes », commente L’Express, qui précise par ailleurs que « des mesures “d’auto-testing” au sein des entreprises doivent également être mises en place afin de les inciter à évaluer leurs propres pratiques », et que « les entreprises aux pratiques vertueuses se verront remettre un label diversité ».

Quelque chose nous dit que, comme les dizaines de campagnes du même style qui l’ont précédée, celle-ci ne servira à rien, sinon à dissuader un peu plus les entreprises – tétanisées, se rongeant les ongles, terrorisées à l’idée d’être montrées du doigt quand on dépouillera les résultats si, d’aventure, elles n’avaient pas tiré la bonne carte dans cet improbable jeu de poker menteur lancé par le ministère du Travail – d’embaucher. Ou à ne recruter, pour ne pas « fauter », exclusivement dans la diversité… discrimination patente, évidemment.

Car disons-le tout de go : recruter, c’est, en soi, discriminer. C’est-à-dire, comme l’écrit le dictionnaire, « établir une différence entre des personnes ou des choses en se fondant sur des critère distinctifs ».

Que Myriam El Khomri nous donne donc le moyen de choisir autrement qu’en « établissant des différences » : en faisant la plouf ? En jetant les CV en l’air et en comptant jusqu’à dix ? En jouant à colin-maillard avec les candidats dans un bureau obscur ?

Et si ce ne sont pas les différences pointées par Myriam El Khomri, c’en seront d’autres, réelles ou fantasmées.

Quiconque a travaillé chez un chasseur de têtes sait qu’une paire de chaussettes de tennis ou une cravate Bugs Bunny un jour d’entretien peuvent vous tuer dans l’œuf une carrière dans la finance.

Une gentille grand-mère de mes connaissances racontait, à qui voulait l’entendre, que si son petit-fils bien-aimé avait échoué par trois fois à Saint-Cyr, ce n’était pas en raison du poil dans sa main mais de la particule dans son nom, qui lui avait, bien sûr, attiré les foudres d’un jury d’officiers franc-maçons.

Quant à moi, Française de souche ayant passé les étés de mon adolescence en camp scout à Brive-la-Gaillarde plutôt qu’en summer camp à Denver, je déplore – mais qu’y puis-je ? – que mon anglais ne soit pas aussi « fluent » que celui ma voisine de palier, américaine par sa mère.

Sans parler de toutes ces discriminations indéfinissables qui se développent lors du processus de recrutement et que l’on appelle affinité, intuition, impression… Faudra-t-il aussi, celles-là, les justifier quand on ne parvient pas seulement à les expliquer ?

Et la réalité force à dire qu’exiger de l’entreprise qu’elle ne distingue pas un candidat issu de la diversité du quidam moyen ne serait cohérent que si on recommandait aussi audit candidat de ne pas agiter sous le nez de son employeur, comme un étendard, ce qui le différencie. Quand certain point passé sous silence de la loi El Khomri, comme le souligne Malika Sorel, ouvre au contraire la porte au communautarisme… « Les compétences d’abord ! », réclame cet inénarrable gouvernement. On a le droit de rigoler doucement ?

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