En 1898, George Darien publia La Belle France. L’homme était un original : alors que la plupart des pamphlétaires de l’époque se recrutaient à droite, lui était anarchiste. Il n’avait ni Dieu ni maître.

C’était un insoumis, ce qui lui valut un séjour dans les bataillons disciplinaires de Biribi où des galonnés obtus envoyaient les soldats indociles. Il vitupérait avec talent les militaires et les curés, les bourgeois et les ronds de cuir, les grenouilles de bénitier. En ces temps-là, il y avait quelque mérite à le faire : l’alliance du sabre et du goupillon n’était pas alors une formule vide.

Depuis, les aiguilles de l’horloge de l’Histoire ont tourné. L’Église ne bénit plus les assassins de la Commune. L’armée n’est plus arc-boutée dans le but de maintenir un innocent à l’Île au Diable. Mais pour certains, l’horloge s’est arrêtée en 1898. Pour les anticléricaux de bas étage. Pour les fanatiques du mariage gay. Pour les pharisiens d’une imposture nommée par eux égalité.

Pour tous ceux qui, à force d’aimer certains hommes, en sont arrivés à détester toutes les femmes.

Le rictus du ressentiment, c’est sur leurs visages qu’on le trouve. La salissure de l’insulte, c’est de leurs lèvres qu’elle coule. Car la laideur de l’âme n’est pas sans avoir une certaine influence sur le physique. Bien sûr ils n’ont pas lu Darien : ils ne lisent rien. Mais, adeptes de l’onanisme de la pensée, ils trouvent du plaisir à taper sur les curés, la bien-pensance ayant, depuis 1898, changé de camp.

La belle France existe aujourd’hui. Elle a défilé dans les rues de Paris, le 13 janvier. Des visages souriants. Et pour cause : cette France-là manifestait pour quelque chose, pas contre qui que ce soit. Une ambiance de fête, sans doute due au bonheur d’être ensemble et de se voir si nombreux. C’était gai (merci de l’écrire sans y). C’était beau.
Et même très souvent joli. Des centaines de jeunes filles brandissaient des pancartes où l’on pouvait lire : « On veut du sexe, pas du . » Si elles sont les grenouilles de bénitier d’aujourd’hui, alors je veux bien devenir batracien.

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