Editoriaux - Religion - Société - Table - 11 janvier 2015

Dieu est coupable…

Et son ou ses prophètes sont complices. Encore qu’une manipulation ne soit à exclure, la plus haute vraisemblance est que l’attentat contre un journal satirique a été commis par des individus fous de Dieu. Expression presque tautologique.

Le journal en question se voulait démolisseur de tabous, en particulier religieux dans la tradition des libres-penseurs, mais ce qu’on appréciait moins est que dans sa défense du blasphème, il se gardait bien d’incriminer la loi Gayssot, ce qui relativise considérablement son impertinence. Il était devenu un journal conventionnel, loin du “Bal tragique à Colombey”, apprécié de retraités fiers d’exhiber à leur petits-enfants soupçonneux le poster d’un Cohn-Bendit hilare en face d’un gendarme mobile contenu et bien peu agressif car soumis à la discipline. On a les faits d’armes que l’on mérite.

Ce qui me permet d’appliquer la sentence apocryphe de Voltaire remaniée pour l’occasion : “Ce n’est pas parce que votre journal est un torchon que je ne soutiendrai pas sa parution.”

On a compris que ce qui est en jeu n’est pas la qualité de telle ou telle opinion, mais le droit de l’exprimer quelle qu’elle soit.

Et la menace est bien réelle, liée semble-t-il à un retour du religieux. Les exemples abondent de la Mauritanie au Pakistan où le blasphème est puni par la loi, souvent de manière capitale et au nom d’un dieu unique. On remarquera que les religions sans dieu comme le bouddhisme, ou polythéistes comme l’hindouisme, ne connaissent pas ce problème.

Retour du religieux souligné par un romancier qui rencontre un certain succès probablement plus pour son style (littéraire) que pour sa mise en scène (lamentable). On a ouï dire que ce retour de la foi serait lié à une perte de sens dans une société saturée de consommation. Comme quoi les mots d’ordre se recyclent presque un demi-siècle plus tard et même si une formidable poussée consumériste sur le côté oriental du mur l’a fait céder vingt ans après.

En qualité d’athée, j’aimerais qu’on m’explique au-delà de ses aspects négatifs évidents, comme le fanatisme, à quoi sert une religion monothéiste.

En quoi le pari pascalien est-il autre chose qu’une stratégie consumériste et donc bien peu noble, à l’opposé d’un Dom Juan à l’attitude autrement prométhéenne ? En quoi la sentence dostoïevskienne selon laquelle l’absence de Dieu ouvre toute les possibilités est-elle moins consumériste que le pari ci-dessus ? Une morale qui s’appuie sur des rémunérations dans l’au-delà, béatitudes et vierges à profusion, n’est-elle pas une version relookée du culte du cargo des sociétés primaires ?

N’est-il pas infiniment plus noble d’appliquer des règles qui facilitent la vie sociale (et la vie tout court) sans en attendre nécessairement une rémunération sinon immédiate par satisfaction raisonnée d’une harmonie naturelle qui n’a guère besoin de l’embarras d’un dieu ?

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