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Editoriaux - Histoire - Politique - 12 mars 2013

Dictateurs : Chávez no, Castro sí !

L’Amérique latine agit sur la France comme un révélateur idéologique. C’est ainsi qu’un duo de gauchisme délirant et d’ignorance crasse nous a été offert par Victorin Lurel, l’actuel ministre des Outre-Mer et par l’ineffable Jégo, qui avait déjà remporté en Guadeloupe la palme du plus nul de ses prédécesseurs.

Le premier présente Chávez comme une synthèse de De Gaulle et de Blum, pas moins. Comparer un histrion démagogue et irresponsable, qui a fait de son pays le deuxième au monde pour la criminalité, à de Gaulle, relève chez un ministre français de l’injure à la mémoire de celui qui a incarné l’honneur de la patrie au lendemain de la pire défaite de son histoire.

Hélas, la réponse de l’ancien ministre montre sa méconnaissance du sujet. Non, Chávez n’est pas un dictateur. On peut lui reprocher une politique économique moins efficace que celle de Pinochet, mais il a été élu et réélu à plusieurs reprises. On peut s’inquiéter de l’omniprésence de son parti en uniforme, de sa pratique constitutionnelle, et de son traitement de l’opposition, mais celle-ci existe et obtient des scores importants aux élections. On peut surtout s’alarmer de ses amitiés douteuses pour de vrais dictateurs comme Khadafi ou Castro Frères, mais la présence massive des Présidents sud-américains élus, comme le voisin colombien, à ses funérailles, montre que personne ne contestait sa légitimité, même si beaucoup n’appréciaient pas son style.

Cela dit, la complaisance ou la dévotion de certains Français à l’égard de Chávez et de Castro devraient nous couvrir de honte. La dictature cubaine, ses chefs et ses complices ont souvent bénéficié dans notre pays d’une indulgence et parfois d’un enthousiasme bien suspects dans la « patrie des droits de l’homme ». On se souvient du panégyrique de Sartre, fasciné en 1960 par Castro, comme souvent les intellectuels politiquement impuissants par la personnalité volontaire et agissante des dictateurs. Déjà, en d’autres temps, Brasillach et Drieu… En 2005, lors du centenaire de la naissance de Sartre, celui-ci avait disparu des bibliothèques et des librairies cubaines pour avoir tardivement critiqué l’emprisonnement des dissidents, et la honteuse autocritique publique imposée à l’écrivain Heberto Padilla.

Mme Mitterrand y avait été moins sensible, comme le dénonce Jacobo Machover, écrivain et universitaire cubain exilé en France. Comment de prétendus humanistes, des politiques, des journalistes si vindicatifs à l’encontre des régimes autoritaires « de droite », si soupçonneux envers des démocraties en difficulté, comme la Colombie ou le Mexique, ont-ils pu être aussi distraits à l’égard de la dictature castriste ? Celle-ci, durant son long règne sans partage, n’a pas hésité à jeter les opposants, les intellectuels, en particulier, dans ses cachots. Mais les « Dames en blanc » cubaines, femmes de prisonniers politiques, sont moins connues que les Mères de la place de Mai argentines. Des opposants incarcérés sont morts à la suite de longues grèves de la faim, comme le poète Pedro Luis Boitel, embastillé et torturé, mort en 1972, ou Orlando Zapata en 2010. Ceux-ci n’ont pas éveillé la même compassion que l’Irlandais Bobby Sands.

La France est victime d’une curieuse hémiplégie sélective en matière de droits de l’homme, de libertés publiques et de démocratie. Il est plus que temps qu’elle se soigne. Il est plus que temps qu’elle soit aux côtés de ceux qui se battent pour la liberté dans une des dernières dictatures communistes du monde.

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