On remettra à une autre occasion le point de discuter et de décider si tous les journaux, toutes les stations de radio, toutes les chaînes de télévision, tous les sites numériques sont véritablement les lieux, si tous ceux qui sont ou se disent journalistes sont vraiment les promoteurs, les acteurs et les garants d’un débat démocratique, c’est-à-dire libre, ouvert et pluraliste.

On priera les excités pour qui tous les médias, uniformément, ne sont que des « merdias », et les journalistes des « journaleux », de rengainer exceptionnellement leurs injures et de déposer leur mépris au vestiaire, ne serait-ce que le temps d’un délai de décence, si ce n’est pas trop leur demander.

On ne saisira pas le prétexte qu’offre un faits divers sanglant pour se demander si la profession visée et la classe politique n’auraient pas tendance à proportionner leur émotion, leur réprobation et leur condamnation unanime moins à la gravité d’un attentat qu’à la personnalité de ses auteurs, à celle de ses victimes et à la couleur de la cible, et si les plateaux de la balance médiatique sont toujours équilibrés.

On n’aura donc pas la cruauté de rappeler que l’écho, l’indignation et la couverture de l’événement ne sont pas les mêmes lorsqu’en 1985 un attentat à la bombe, revendiqué par Action directe, dévaste les locaux de Minute (le Minute de la grande époque), qu’en 2011 des criminels, à ce jour toujours non identifiés et donc impunis, mais vraisemblablement djihadistes, mettent le feu au siège de Charlie Hebdo ou lorsque, comme c’est le cas cette fois, un « tueur fou » s’en prend à BFMTV, à la Société générale, puis à Libération.

Nous ne sommes pas à Boulevard Voltaire – et nous comptons bien ne jamais le devenir – les adeptes d’une morale et d’une justice sélectives. Même si Boulevard Voltaire n’est pas un média comme les autres (ce dont il s’honore), il n’en est pas moins un média parmi d’autres et, comme tel, il ne saurait manquer aux règles élémentaires de la solidarité et de la confraternité. Toute menace sur la liberté de la presse, toute attaque contre la liberté de la presse, toute atteinte à la liberté de la presse, qu’elle prenne la forme d’une interdiction, d’une saisie, d’une censure, d’une condamnation en justice ou d’un acte de violence est ressentie par nous comme une menace, comme une attaque, comme une atteinte qui nous visent, qui nous touchent, et qui nous blessent personnellement.

Il va donc de soi que nous condamnons sans réserve le « tueur fou » (dont on ne connaît encore, à l’heure où j’écris ces lignes, ni l’identité, ni l’état mental, ni les motivations) dont la seule contribution au débat démocratique a consisté à tirer dans le tas, et dont le seul gibier aura été un malheureux jeune homme qui n’avait pour toute arme qu’un appareil photo. Le plus probable est que nous avons affaire à l’acte isolé d’un déséquilibré. Quel qu’il soit, nous ne croyons pas qu’un dialogue fécond puisse s’établir entre un fusil à pompe et un stylo, un clavier ou une caméra. On ne répond pas aux mots par des balles, on ne combat pas les idées par le meurtre.

19 novembre 2013

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