Interview de Marie-Neige Sardin

Votre librairie-papeterie va fermer ce soir. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette fermeture ?

Pour une seule raison : la multiplication de mon loyer par trois, qui a été validée par un tribunal qui a rendu cette décision exécutoire. Je me trouve, en outre, face à un huissier qui n’entend pas m’accorder de délai et à un maire qui refuse de préempter.

Pourquoi cette décision de multiplier par trois votre loyer ?

J’étais soumise à un bail vieux de 36 ans. La loi veut que l’on autorise le déplafonnement des loyers. La commission des baux du 93, qui ne fait que ce de calcul toute la journée, a estimé que mon nouveau loyer devait passer de 500 € à 700 €, ce qui était le « tarif syndical » pour le département. Mais mon propriétaire a décidé de le passer à 1.400 €.

Avez-vous pu faire un recours administratif ?

J’ai bien sûr fait appel de cette décision, mais comme le jugement est exécutoire, cela ne change rien. En outre, la révision du loyer a un caractère rétroactif, ce qui implique pour moi de régler un arriéré de loyer pour un montant de 34.000 €.

Comment expliquez-vous cette augmentation si importante alors que la commission des baux la calcule autrement ?

En réalité, on ne me compare pas à d’autres librairies-papeteries, puisque je suis la dernière sur Le Bourget, mais à des boucheries ou à des grandes surfaces. Bref, ils comparent ce qui est incomparable.

Bref, c’est l’argument financier qui est aujourd’hui utilisé pour vous faire bouger…

C’était en effet le dernier qui leur restait… Et je ne peux pas lutter.

La mairie a refusé de préempter. Avez-vous essayé de rencontrer le maire ou un de ses adjoints ?

Nous avons tout essayé. Un conseiller d’opposition s’en est mêlé. J’ai rempli tous les papiers nécessaires à la préemption et c’est lui qui est allé les apporter. Mais nous nous sommes heurtés à une fin de non-recevoir.

Une décision motivée ?

Pour le moment non, pas par écrit en tout cas.

Vous avez l’air d’en connaître les raisons officieuses…

Durant la municipale, je me suis vivement opposée au maire actuel au sujet de l’état de la ville, sa saleté, le délaissement auquel la ville est confrontée : plus de commerces de tradition, le tout , etc. Le maire a dit, le jour de son investiture, que je lui avais nui et qu’il ne me le pardonnerait pas. C’est ce qu’il est en train de faire…

Quelles sont vos perspectives ?

Actuellement, je deviens . Je n’ai plus de revenus, plus de maison puisque mon appartement est lié à la boutique. Ma seule solution est de prendre un local et de tenter de sauver le maximum de marchandises… Pour la suite, c’est la rue ou le pont Neuf…

Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Vous avez envie de tirer un trait sur tout cela ?

Je vais changer de vie, obligatoirement. Mais une chose est certaine : je n’abandonnerai jamais mon métier. J’aime toujours autant les mots, la presse… J’ai vraiment envie de m’identifier à la chanson de Florent Pagny : « Vous n’aurez pas ma de penser ! »

Vous avez envie de lancer un appel par l’intermédiaire de Boulevard ?

Un SOS ! Je suis seule face à ces épreuves. Aucune de soutien, même pas une dénonciation : une librairie, ça se protège, quand même ! Or, si je reçois de nombreuses manifestations de sympathie via Internet, rien dans les faits ni dans les actes… Concrètement, nous sommes deux femmes à tout déménager avant l’arrivée des huissiers ! Je constate qu’entre chrétiens, il n’y a pas beaucoup de solidarité. C’est le contraire chez les musulmans qui, eux, s’entraident.

12 mai 2014

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