Deux mille mosquées à construire en France ? Pure démagogie

Entretien avec Camel Bechikh

En tant que président de l’association Fils de France, vous avez prononcé deux conférences lors de ce trente-deuxième rendez-vous de l’UOIF, au Bourget. Ce que les médias semblent avoir retenu de ces quatre journées, c’est la déclaration fracassante de Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, exigeant la construction de deux mille nouvelles mosquées en France. Le moment était-il bien choisi pour une telle annonce ?

Cette déclaration est assez peu crédible pour plusieurs raisons. La première est que Dalil Boubakeur, gentilhomme de surcroît, élu depuis des temps immémoriaux par les médias, les politiques, comme représentant officiel du culte musulman en France, ne s’est jamais intéressé à ces questions. La seconde est qu’il tient ces propos au Rassemblement annuel des musulmans de France, passage obligé pour qui souhaite dépasser la légitimité que seuls lui confèrent la presse, les partis et l’État algérien ; car, rappelons-le, Dalil Boubakeur œuvre légitimement pour ce pays, passant par le culte pour maintenir une présence auprès de ses ressortissants émigrés, de leurs enfants, petits-enfants, devenus français.

L’idée de cet islam de France est, dit poliment, juste une belle farce, puisque nos gouvernements successifs traitent en priorité avec Rabat et Alger pour le construire. Oui, un jeu de dupes, puisque ces questions intérieures relèvent en fait d’une mécanique directement liée au Quai d’Orsay. Pour revenir au sujet, sur quelles bases ce nombre de deux mille mosquées à construire est-il fondé ? Sur quel calcul démographique, géographique, mais aussi sociologique, puisqu’il faut déterminer un besoin relatif à la pratique d’un culte, la prière en l’occurrence, observée par une faible minorité des musulmans dans notre pays ? Enfin, cette annonce extravagante, dans un moment de tension extrême dans notre pays, n’est utile qu’à des fins démagogiques. 

Les mêmes médias assurent que la jeunesse musulmane de France serait en voie de radicalisation. Réalité ou simple effet de loupe ?

Il n’est pas niable que les lectures littéralistes ont progressé chez les jeunes musulmans, lectures littéralistes ne devant toutefois pas être confondues avec le djihadisme aujourd’hui strictement surveillé par les pouvoirs publics. Cela dit, les minorités radicales, quelles qu’elles soient, demeurent largement plus voyantes que l’immense majorité apaisée, souvent parce qu’elles se distinguent par leur apparence, qu’elles veulent remarquable dans la société. À ce titre, djellaba-babouches et bombers-Dr. Martens, même logique !

À en croire les récents propos tenus par Tariq Ramadan, on sent chez lui une évolution, comme s’il se rapprochait désormais des thèses défendues par Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux. On se trompe ?

Il est en effet à souligner que Tariq Ramadan propose de nouvelles pistes prenant davantage en compte la culture européenne, française, à défaut du droit et de la revendication dont se sont abreuvées les associations au discours victimaire. C’est une excellente chose. Tariq Ramadan, pour peu qu’on lui fiche enfin la paix avec l’accusation de double discours, aurait, s’il se rapproche plus encore des pistes novatrices de Tareq Oubrou, beaucoup à apporter. Le mieux par ailleurs serait, comme Robert Ménard l’a souvent fait, de lui donner la parole.

Propos recueillis par Nicolas Gauthier

À lire aussi

“Depuis SOS Racisme, les Français musulmans ne sont qu’une réserve électorale”

La droite délaisse ce terrain qui, si elle était réellement conservatrice, lui serait natu…