Culture - Editoriaux - Politique - 27 octobre 2014

La détresse des chrétiens d’Irak nous place face à nos peurs

Le curé du village de Bargemon, dans le Haut Var, « fait bouger les lignes ». Pasteur de brebis endormies, provocateur à l’image de Jésus, il a décidé d’organiser l’accueil de chrétiens d’Irak dans sa paroisse. Les premiers doivent arriver d’ici un mois. Le village sort de son train-train, se réveille avec la peur de l’étranger, dérangé dans ses habitudes. Les « pour » s’opposent aux « contre ». Ce qui se passe est fort, symbolique.

Nos difficultés nous feraient-elles oublier que nous restons privilégiés face aux misères du monde ? Comment refuser d’accueillir nos frères chrétiens d’Irak, expulsés de cette terre d’Orient qui fut chrétienne avant d’être musulmane ; ces frères qui ont refusé de se convertir à l’Islam et ont ipso facto perdu leurs biens, leur terre, leur patrie et leurs moyens de subsistance. Eux à qui il ne reste que la vie, suspendue à un fil ; ces frères en humanité niés dans ce qu’ils ont de plus précieux, de plus intime.

Vont-ils manger le pain des villageois, leur prendre leurs emplois, créer un climat d’insécurité ? La peur n’est ni illégitime ni irréfléchie. Mais elle est stérile, humainement impossible. On ne refuse pas de venir en aide à ceux qui sont confrontés à la plus extrême cruauté. La lâcheté consisterait à laisser faire les autres, en tournant la tête, comme nous le faisons trop souvent. Sauf que cette fois-ci le prochain souffrant devient réellement proche, d’une proximité immédiate…

C’est en cela que cette initiative est admirable ; parce qu’elle contraint ceux qui auraient toutes les raisons de ne rien faire! Elle les place face à l’autre et à leur conscience, qu’ils ont enfouie au fond de leurs vies…. Bargemon ! Pourquoi pas Paris, Lyon ou Marseille ? Non Bargemon ! A cause de la volonté d’un curé guidé par la Providence… Contre toute logique politique.

Notre destin se joue autour de la mer Méditerranée. Notre confrontation avec l’Islam est essentielle. Les musulmans révèlent notre faiblesse culturelle et spirituelle, comme le négatif d’une photo. Le drame du martyre des chrétiens d’Orient est un électrochoc. Quelle folie ! Nos frères irakiens, chrétiens martyrisés au nom de leur baptême, nous placent face aux fins dernières qui nous effraient, ligotés que nous sommes par nos besoins, nos attachements, nos égoïsmes et nos affections trop humaines.

Bargemon est un laboratoire aussi inattendu qu’imprévu. Il mérite intérêt, attention et soutien. La réussite de cette initiative sera déterminée par la capacité à retrouver les ressorts d’un accueil dont les droits de l’hommistes républicains et francs-maçons font des gorges chaudes tout en échouant, précisément à l’heure où la logique politique nationale semble nous inviter à nous replier sur nous-mêmes. Il s’agit de saisir l’appel de la Providence et l’opportunité de l’amour du prochain le plus proche, fut-ce contre toute logique, et de répondre à l’appel de ce prochain qui défend son âme au prix de sa vie. C’est un exemple dont nous avons besoin pour retrouver notre identité et notre dignité !

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