Puissance des images… L’enfant syrien échoué sur nos plages. Les vestiges de Palmyre ravalés à la dynamite. La première est évidemment insoutenable, médiatiquement s’entend ; nos deux cent mille avortons, annuellement avortés en France n’ayant pas droit à semblable couverture médiatique. Quant aux vieilles pierres, il s’agit d’une toute autre affaire. En effet, amour et préservation des vestiges du temps jadis est chose plutôt récente.

La preuve par le site de Balbek, au Liban, l’un des plus beaux d’Orient, fut de longue date cannibalisé par les différents occupants de la région. Les chrétiens y virent une carrière à ciel ouvert, avec pierres déjà taillées, avant d’y puiser pour y construire des églises. Les musulmans achevèrent d’y extraire le reste, histoire d’édifier des mosquées. Et c’est, à la fin du XIXe siècle que la puissance ottomane décida d’arrêter le carnage. On y donne depuis des festivals d’art lyrique sous la protection du Hezbollah.

Mais revenons-en à Palmyre, et sa destruction soigneusement mise en scène sur les réseaux sociaux. Que les amateurs d’antiquités se rassurent : pour 10 % de vieilleries détruites, 90 % se retrouvent sur le marché parallèle. Les gens de Daech savent compter. Et si cet État islamique n’a évidemment d’État que le nom, force est d’avouer qu’il se dote de toutes les prérogatives étatiques afférent à son statut. Il lève l’impôt, remet l’ordre public à l’honneur, salarie ses affidés, leur fournit femmes, eau courante et connexion internet. Et, dans le chaos ambiant, paraît finalement moins anarchique que ses prédécesseurs honnis ou ses successeurs putatifs.

Ces choses dites, ailleurs, on détruit aussi. Ainsi, Télérama du 2 septembre dernier nous apprend-t-il que les raids de l’aviation saoudienne « ne font pas dans le détail ». Depuis mars dernier, au Yémen, « on compte trois mille morts parmi les civils, dix mille blessés, mais aussi de considérables dégâts en matière de patrimoine… »

Et là, c’est aussi cataclysmique qu’à Palmyre, le patrimoine de l’humanité vole en éclats sous les bombes, mosquées, mausolées remontant bien avant l’arrivée de l’islam, etc. Toujours selon cet hebdomadaire pourtant fort peu réputé pour son amour des vieilles pierres : « Étrangement, des sites inhabités, sans valeur stratégique, ont aussi été pilonnés, comme la cité fortifiée préislamique de Baraquish, aux limites du désert, ou le Musée régional de Dhamar, qui abritait des milliers d’objets de la civilisation himyarite. » Malgré les protestations officielles de l’UNESCO, « les Saoudiens ont bombardé, fin août, le barrage de Marib, une merveille d’ingénierie hydraulique du temps de la reine de Saba (700 avant J.C.), sans que ni les USA, ni l’Europe, ni la France ne réagissent ? Pourquoi ce silence ? »

Chers amis de Télérama, à ce silence, plusieurs réponses. Ce qui est interdit, en matière de droits de l’homme ou de saccage du patrimoine historique de l’humanité est permis à certains, Arabie Saoudite au premier chef et Israël dans une moindre mesure. D’autre part, les Saoudiens nous achètent des avions Rafale, par Émirats et Égypte interposés, tout en encabanant les Frères musulmans, leur président déchu, Mohamed Morsi au premier chef.

Pis, dans la lutte contre Daech, nous n’avons finalement que de mauvais alliés. Ankara en proie à son éternel tropisme anti-kurde. Et Ryad, plus préoccupé par cette obsession anti-chiite, poussant son État moribond à plus lutter contre l’Iran que cet ennemi islamiste campant à ses portes. Avec la recrudescence des attentats de Daech, perpétrés en comme en Arabie Saoudite, et même jusqu’à Gaza, il n’est pas illicite d’espérer qu’au moins, ces deux puissances régionales se disputant le leadership de l’islam en reviennent à des sentiments plus modérés…

En l’attente de cette éventuelle divine surprise, force est d’avouer que l’Europe ne répond plus au téléphone et que la France est aux abonnés absents.

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4 septembre 2015

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