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Editoriaux - Internet - Le débat - Médias - Politique - Presse - Table - 22 septembre 2016

Désinfosphère : arme d’intoxication massive

La désinfosphère est impayable. Dans un article paru dans Libération (21 septembre), Dominique Albertini, que l’on a connu mieux inspiré, revisite le marronnier de la “fachosphère” qu’il définit comme une “mouvance disparate où cohabitent les sphères complotistes, antisémites, anti-musulmans…”. Naguère, avant la chute du mur de Berlin, les fachos se caractérisaient principalement par leur anticommunisme viscéral. Autres temps, autres mœurs. Autres cibles aussi, visiblement, les anciens cocos votant désormais pour Marine Le Pen.

Surtout, notre plumitif déplore que “la fachosphère jouit désormais d’une audience telle qu’elle empoisonne le débat politique national”. Et si c’était l’inverse, à savoir le fameux débat politique national, cet entre-soi politico-médiatique borné de tabous, qui polluait, depuis des lustres, le vrai débat pluraliste et démocratique ? Car, que l’on sache, les lois Pleven, Gayssot et Taubira sont autant d’atteintes à la liberté d’expression destinées à imposer une doxa, cette pensée dominante qui n’est plus majoritaire, au grand regret manifeste d’Albertini et de ses épigones.

Reconnaissant que le terme “fachosphère” “manque un peu de rigueur scientifique”, il ne l’éclaircit pas davantage en le reléguant dans la catégorie fourre-tout de « l’extrême droite », laquelle serait, selon lui, le fourrier hétéroclite des “identitaires et catholiques traditionalistes, nationalistes-révolutionnaires et disciples d’Alain Soral”. Bref, la lecture du papelard n’apprend rien que l’on connaisse déjà sur Boris Le Lay, “le nazillon breton” exilé au Japon, Alain Soral, “l’entrepreneur conspirationniste”, ou le site Le Salon beige“centré sur les questions identitaires, familiales et religieuses”.

Un enfilage ennuyeux de souverains poncifs… Les mêmes mots éculés sont employés pour discréditer, non pas des adversaires, mais des ennemis qualifiés d’“agents” remplissant un “rôle d’auxiliaire”, comme s’il s’agissait, au mieux d’individus à la solde de l’étranger ou, pire, d’exécuteurs des basses œuvres d’une sordide police politique (on demande “die Gestapo, schnell !”). Et si le mot “propagation” suggère le caractère viral et endémique d’une infection, critiquer l’islam revient forcément à mener une “croisade” contre lui (à nous, Urbain II !).

Notant l’influence grandissante d’un site comme Fdesouche consistant en “une compilation d’articles anxiogènes liés à l’islam et à l’immigration”, il lui fait grief, néanmoins, de ne “jamais offrir de contrepoint à cet angoissant tableau”, attendu que la particularité de ce site est de tirer ses sujets des grands médias et des réseaux sociaux, sans aucunement les “commenter”. En somme, le fait brut ne se suffirait pas à lui-même. Ainsi, Albertini nous livre, sous forme d’aveu, la définition actuelle du journalisme français et européen : une accumulation ininterrompue, et à grande échelle, de bobards, mensonges, mises en scène et autres canulars médiatiques ayant pour objet et pour effet la manipulation des masses.

Voilà LE problème majeur de la presse « mainstream », sous perfusion publicitaire, tenue en laisse par les financiers hors-sol qui gouvernent le monde : elle est foncièrement militante sous couvert d’objectivité douteuse, de fallacieuse neutralité déontologique, d’impartialité pseudo-éthique. Cette presse, bien que moribonde, ainsi qu’en atteste, année après année, la chute vertigineuse de son lectorat, demeure, cependant, résiliente. Nonobstant, Albertini a raison de souligner que “la fachosphère reste une marge, mais de celles où se fabrique peut-être le débat politique de demain”. Un oracle du vice à la vertu.

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