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Désarmement unilatéral

Le projet européen d’accorder en 2016 à la Chine le statut d’économie de marché reviendrait à un « désarmement unilatéral des défenses commerciales européennes » face au dumping chinois.

Quel souverainiste borné, à la vision rabougrie et peureuse, a osé proférer de telles stupidités aussi contraires aux réalités économiques du monde d’aujourd’hui ? Marine Le Pen, la réactionnaire ? Florian Philippot, le populiste ?

Non. Le jugement vient des États-Unis, la mère patrie du libéralisme.

Alors, on aura trouvé ces indécents propos, si contraires à la dynamique gagnant-gagnant de la mondialisation, dans un discours du démagogue Donald Trump ?

Nenni. L’avertissement provient d’officiels américains, inquiets de voir que Bruxelles s’apprête, comme d’habitude, à sacrifier l’intérêt de l’Union européenne, non pas en raison d’une soudaine sympathie pour la cause européenne, mais parce que cette fois-ci la décision ne leur sera pas favorable.

L’enjeu de la partie est clair : en 1990, la Chine a obtenu un ticket d’entrée à l’OMC (Organisation mondiale du commerce), lui offrant un accès privilégié aux marchés mondiaux grâce à d’importantes dérogations, sous la condition qu’elle adopterait progressivement, et au plus tard en 2016, les règles s’imposant à tous les pays membres. La Chine a profité au-delà de toute attente de ces dérogations. Elle a submergé les marchés mondiaux de ses produits subventionnés, au détriment des industries des autres pays. Et, aujourd’hui encore, contrairement à ses promesses, elle poursuit sa politique de dumping et de protectionnisme, tout en réclamant le fameux statut, qui lui permettrait de valider ses pratiques déloyales, et d’échapper largement désormais aux mesures de rétorsion.

Pourquoi faut-il que ce soit les Américains qui appellent Bruxelles à un sursaut de bon sens et d’instinct de survie ? Parce que, sur cette question particulière, le lobby vient de Pékin, mais aussi des Britanniques et des Allemands, sensibles aux pressions chinoises, les uns pour préserver les intérêts de la City, chargée de gérer les flux monétaires chinois, les autres pour ne pas perdre le marché chinois si friand de Mercedes-Benz et de machines-outils.

Nos dirigeants politiques et leurs amis « Les républicains », partisans de l’Europe et de l’« ouverture », comprendront-ils cette fois-ci la différence entre ouverture raisonnée et suicide collectif ? Pour le moment, on ne les entend pas sur le sujet, soit qu’ils sont également sensibles aux sirènes chinoises, soit qu’ils sont tout simplement ignorants des enjeux internationaux. Fidèles à la grande tradition française, qui amenait par exemple Voltaire à ne voir dans le Canada que « quelques arpents de neige », nos « mondialistes » parisiens ignorent, en fait, à peu près tout des réalités du commerce international.

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