Depuis le début de l’année 2015, les Français entendent parler des « fiches S » utilisées par les services de renseignement. Les frères Kouachi, de sinistre mémoire, faisaient l’objet d’une fiche S, de même que leur complice, Amedy Coulibaly, ou bien encore l’assaillant du Thalys El-KHazzani et tous les membres « français » du commando des attaques du Bataclan.

Les fiches S constituent une des vingt et une catégories de fiches comprises dans le fichier des « personnes recherchées », créé en 1969, et regroupant environ 400.000 personnes. Sur ces 400.000 personnes « recherchées », seules 20.000 d’entre elles le seraient pour « atteinte à la sûreté de l’État » et feraient l’objet d’une fiche S. Parmi ces 20.000 personnes, on estime le nombre d’islamistes surveillés à 10.500, plus ou moins dangereux. Ainsi, l’islamologue Romain Caillet, longtemps consulté par de grands médias comme BFM TV, est fiché S. Le fait qu’une personne soit fichée S ne signifie donc pas qu’elle soit terroriste, mais que l’État a estimé nécessaire de la surveiller dans une optique sécuritaire. De nombreux opposants politiques classiques font aussi l’objet d’une fiche S.

Les fiches sont, d’ailleurs, graduées de S1 à S16. La fiche S14 correspond notamment aux djihadistes de retour d’Irak ou de Syrie. L’intérêt de savoir que 10.500 personnes sont fichées S pour islamisme est évident, cela montre que nous sommes confrontés à une menace importante par le nombre d’individus qu’elle fédère. Sans compter tous les sympathisants, les supplétifs, dirais-je, qui ne font pas l’objet d’une fiche. Au-delà de ça, tous les experts savent que ces fiches ne sont qu’indicatives, car les services n’ont pas les moyens de surveiller effectivement ces islamistes.

Peut-on néanmoins imaginer que les personnes fichées S pour islamisme soient interdites d’accès à certaines professions ? Oui, il le faudrait. Il est plus que préoccupant que des personnes fichées S puissent travailler dans des zones sensibles telles que des aéroports, des gares, des métros, des écoles ou des hôpitaux. Ils sont pourtant nombreux, dans les aéroports, à la RATP et récemment parmi les personnels des sociétés privées choisies pour assurer la sécurité de l’Euro de football.

Le Point révélait ainsi que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) avait étudié les profils des 3.500 salariés des entreprises de sécurité employées pour le bon déroulement de l’. Ils seraient 82 à être fichés dans la base de données confidentielles « CRISTINA » (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et des intérêts nationaux). Est-ce bien rassurant alors que l’Euro est clairement visé par l’organisation État islamique qui cherche à semer la terreur ?

Cette compétition s’annonce sous de mauvais auspices, coincée entre une minorité de manifestants violents anti-loi Travail de plus en plus déterminés et la menace terroriste islamiste, que nous avons appris à évaluer à sa juste mesure. La France n’est plus réellement en paix, ni en guerre. Elle vit dans un état bâtard permanent, un état fébrile causé par des politiques inconscients qui ont affaibli les forces de l’ordre et ont renoncé à la surveillance de nos frontières.

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