Derrière l’accord UE-Mercosur, un sulfureux cartel de la viande brésilien

Une combine bruxelloise offre au peu recommandable groupe JBS un quasi-monopole de l’export de viande de bœuf vers l’UE.
Photo de Chris wade NTEZICIMPA / Pexels
Photo de Chris wade NTEZICIMPA / Pexels

Alors que la France, la Pologne et la Hongrie ont voté contre l’accord de libre-échange commercial passé entre l’UE et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), et qu’une procédure à son encontre est en cours auprès de la Cour de justice de l’Union européenne, Ursula von der Leyen a décidé de passer outre et l’accord est donc « provisoirement » entré en vigueur le 1er mai 2026.

Les Français contre l’accord, mais qui s’en soucie ?

94 % des Français veulent pourtant stopper l’application de cet accord, selon une étude Norstat pour l’Institut pour le Progrès. Se douteraient-ils, comme le dit le proverbe populaire, que « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » ? Le flair de nos compatriotes est en tout cas corroboré par les faits, et ce n’est sans doute pas un loup dont il serait question, mais une meute entière. Sur son compte Facebook puis dans un éditorial publié par Valeurs actuelles, l’agricultrice et eurodéputée LR Céline Imart a dénoncé « la trahison silencieuse de Bruxelles » qui a fait discrètement adopter, le 20 avril, par un comité technique du Conseil de l’Union européenne, un « règlement d'exécution » de l’accord. « Désastreux et scandaleux », selon elle, ce dernier « organise un transfert de souveraineté sans précédent dans l’histoire commerciale européenne ». En effet, « ce n’est plus l’Union qui choisira les exportateurs sud-américains qui pourront vendre leur viande sous les quotas Mercosur, c’est le Brésil lui-même qui distribuera les licences ».

Tromperie et passivité bruxelloises

La découverte de cet incroyable abandon de souveraineté a été faite dans le cadre d’une enquête réalisée par l’École de pensée sur la guerre économique (EPGE), qui constate en préambule que l’accord UE-Mercosur « reste massivement mal lu » par les parties prenantes au sein de l’UE. « On débat des quotas, des normes sanitaires, de la réciprocité des clauses », passant ainsi à côté de l’essentiel : « Il s’agit d’une guerre économique, délibérément conduite par des acteurs qui ont compris avant nous ce que signifie conquérir un marché, y rendre l’adversaire dépendant, puis verrouiller les positions acquises. » Une attitude purement défensive et passive qui explique l’inefficacité évidente de toute résistance aux effets néfastes de l’accord, notamment pour la France et ses agriculteurs : « Les acteurs institutionnels, FNSEA en tête, ont choisi la plainte là où ils auraient dû choisir la manœuvre », constate l’EPGE.

Au cœur de l’affaire, on trouve « des intérêts industriels européens, notamment allemands, pesant bien davantage que les filières agroalimentaires », c’est-à-dire, au premier chef, les intérêts vitaux de nos paysans français. Or, on parle ici de quantités conséquentes : « 99.000 tonnes de bœuf à droit réduit, 180.000 tonnes de volaille en franchise, auxquelles s’ajoutent des ouvertures sur le porc, le sucre, le riz, le miel et l’éthanol ».

JBS, sulfureux agent brésilien

Mais ce n’est pas tout, puisque le « règlement d'exécution » installe dans le secteur de la viande une situation oligopolistique de fait, voire un quasi-monopole du géant brésilien et « premier producteur mondial de protéines animales » : le groupe JBS. Et c’est là que l’histoire se corse, puisque l’acteur pivot de l’exportation massive à venir de viandes sud-américaines vers l’Europe présente un CV qui fait froid dans le dos.

Affaire familiale dirigée par les frères Batista, JBS « concentre les polémiques les plus graves du secteur agroalimentaire mondial », explique l’EGPE, dont le rapport abondamment documenté nous propose un petit florilège : « élevage illégal sur terres autochtones, maltraitance animale documentée, corruption active à grande échelle, séjours répétés en détention et accords de coopération judiciaire avec plusieurs parquets ». Et pour surnager dans cet océan de scandales, les Batista « n’ont pas hésité à faire tomber plusieurs présidents et ex-présidents brésiliens ».

« Longtemps poursuivis par le Department of Justice américain, rattrapés par les grandes affaires de corruption brésiliennes (Lava Jato, Petrobras), leur holding a finalement plaidé coupable aux États-Unis dans un dossier de corruption d’agents publics étrangers. » Or, constate l’EGPE, cette « réputation sulfureuse ne les a pas empêchés de devenir l’un des grands bénéficiaires attendus de l’accord UE-Mercosur et l’un des acteurs centraux de la diplomatie économique brésilienne ». Ils auraient, par ailleurs, joué un rôle prépondérant dans « le rapprochement de Lula et de Trump ».

Les Batista reçus par Emmanuel Macron !

Peu avant l’intervention américaine au Venezuela, rappelle l’EGPE, « Joesley Batista s’est discrètement rendu à Caracas pour tenter une dernière médiation avec Nicolás Maduro
»
. Les Batista sont de grands voyageurs et ne choisissent pas leurs destinations par hasard. Après Caracas en mai 2025, ils étaient à Paris en novembre, rappelle Céline Imart, qui s’interroge : « Comment expliquer que les frères Batista aient été reçus en grande pompe à l’Élysée en novembre 2025, pendant qu’on peaufinait la mise à mort de notre élevage ? »

On ne peut en effet que s’étonner, pour le moins, de la complaisance bruxelloise et française à l’égard de JBS qui coche, comme le montre bien l’enquête de l’EPGE, toutes les cases d’une mégastructure fonctionnant comme un « cartel de la viande ».

« Brésil/corruption : les actions du géant de la viande JBS s'effondrent » : la réputation de JBS, si elle ne fait pas la une de la presse grand public, est cependant bien connue des milieux financiers, comme le notait déjà Challenges, en 2017. Interrogée par BV, Véronique Le Floc’h ne se montre « guère étonnée par ces révélations ». En 2020, déjà, alors qu’elle était présidente de la Coordination rurale, décelant tout le danger d’un accord avec le Mercosur, elle s’adressait à Emmanuel Macron ainsi qu’à Annie Genevard, son ministre de l’Agriculture. Constatant que « le déficit commercial 2022 des biens agricoles de l’UE avec les pays du Mercosur s’élève déjà à 30 milliards d’euros », alertait-elle, « comment nous protégerez-vous contre l’afflux de 160.000 t* de viande bovine (+30 % d’importations UE) à des prix inférieurs de près de 40 % aux nôtres ? » Même question concernant la volaille et l’ensemble des autres produits concernés par l’accord, face au Brésil « qui met tout en œuvre pour atteindre ses prévisions officielles de productions et d’exportations à l’horizon 2032 ». Un plan de développement brésilien qui passe d'ailleurs essentiellement par l’export, une stratégie dont l’EGPE nous confirme aujourd’hui que JBS est la (peu reluisante et inquiétante) cheville ouvrière.

Face à ces dérives, il est permis de s’interroger : est-il encore décent de prétendre œuvrer pour une quelconque souveraineté alimentaire lorsqu’on se rend complice d’un tel accord ? Constatons que rares sont ceux qui osent se poser en lanceurs d’alerte sur la question, ni même se la poser.

 

* Ces 160.000 tonnes correspondent au cumul des 99.000 tonnes de l'accord Mercosur et jusqu'à 61.000 tonnes qui pourraient constituer le quota de l'accord Hilton (avec les États-Unis), pas encore appliqué.

Vos commentaires

49 commentaires

  1. Sortir de l’UE dictatoriale et virer TOUS ceux qui ont détruit la France depuis 40 ans dont le dernier en date qui fait tout son possible pour vraiment faire disparaitre notre nation, à savoir macron !

  2. Les cartels, les mafia,s la France est le pays le plus docile face à une politique européenne sur laquelle elle surenchérit à loisir.

  3. « L’UE, c’est moi ! » s’exclame Ursula von der Leyen, qui œuvre sans relâche à l’instauration d’un régime présidentiel autoritaire. Jamais élue par les peuples européens, elle s’emploie à faire en sorte que cette possibilité ne soit même plus envisagée. À l’instar de Louis XIV, elle s’arroge le droit de décider de sommes colossales, se chiffrant en dizaines, voire en centaines de milliards, sans la moindre justification. La France s’y oppose ? Qu’importe ! Les subventions seront tout simplement coupées – comme en Hongrie. Prochaine étape : le contrôle des exportations d’armes par Bruxelles, puis l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, synonyme d’expansion territoriale considérable – et, bien sûr, une mainmise sur le pouvoir de l’impératrice d’Europe, Ursula von der Leyen Iére.

  4. Echanger des produits industriels (voitures) contre des denrées alimentaires , sur une distance de plusieurs milliers de kilomètres , avec des normes de production trés différentes , est une ânerie .

    • Qu’en est-il des produits industriels ? Les droits d’importation sur les voitures au Brésil s’élèvent à 100 %. Les produits industriels sont également soumis à des droits de douane de 100 %, qui peuvent varier jusqu’à 40 % d’un État à l’autre. De ce fait, tous les fabricants étrangers ont investi et produit au Brésil.

  5. On a mis le pays entre les mains d’un dictateur qui se moque de la France et suit la feuille de route qu’on lui a confiée. Il ne défend pas la France il la laisse partir en ruines. Nos agriculteurs doivent respecter des mesures dingues « pour protéger notre santé » mais on importe de la daube à bas prix. Et les colos pastèques qui nous pourrissent la vie sont où ? Jamais là où il faut quand il s’agit d’être utiles

  6. Que dire que faire, notre président Macron fait une fois de plus preuve de petitesse, c’est ce que l’on appel vulgairement un vendu, évidemment l’Allemagne tire les marrons du feu pour sauver son industrie, la grande questions que font nos politiques de tous bords sinon regarder passer les trains, malheureusement il n’y a rien à espérer pour 2027 ce type de scandale en est la démonstration parfaite, la France n’est qu’un pion sur l’ échiquier européen.

    • L’Allemagne, tout comme la France, est en train de perdre son industrie automobile et de faire face au déclin de son secteur exportateur. La raison ? L’UE, avec ses certificats de CO2 absurdes, ses réglementations grotesques, l’interdiction des moteurs à combustion et les sanctions contre la Russie. L’Allemagne se nuit encore davantage avec une politique climatique catastrophique qui fait exploser les prix de l’électricité. Et voilà que s’attaquent désormais les agriculteurs européens, encore trop nombreux et autant de cibles potentielles pour le secteur industrie agricole.

  7. Une question philosophique , sociétale, existentielle , me taraude l’esprit depuis que j’ai lu cet article : pour le halal , comment fait on ?????

    • @Ritounet : dans notre coin de France nous avons résolu le problème : abattoir racheté par un groupement d’éleveurs, du coin, pas d’abattage halal, viande vendue aux bouchers, charcutiers, traiteurs du coin.

  8. Tant que les Français n’auront pas compris qu’ils sont responsables de cette situation, la France continuera de péricliter, le beurre et l’argent du beurre est une mission impossible.
    On ne peut travailler toujours moins et gagner plus, trop de social tue le social, les charges que supportent nos entreprises est un frein à toute commercialisation extérieure, même intérieure !
    Le sentiment de « bien ! » vivre résulte dans l’achat massif de produits Chinois bas de gamme et de nourriture impropre à la consommation.
    Tout cela est le résultat de notre « démocratie » qui ne fonctionne !! que par des promesses qui flattent un électorat avide de RTT et autres fadaises.

    • @Eole : tout à fait d’accord !!! Si certains français ne veulent pas se prendre en main c’est leur problème, d’autres agissent dans tous les domaines, ça prend un peu de temps mais si on veut contrer la bande de malades qui « veut notre bien » il n’y a pas d’autres solutions que d’unir toutes les volontés qui veulent sortir de ce marasme et changer las choses. Les loisirs c’est bien mais les fêtes collectives ou tous le monde participe tant à l’organisation qu’aux agapes c’est encore mieux. Si certains ne veulent pas s’unir qu’ils se débrouillent, on veut bien aider ceux qui sont en incapacité mais on ne veut pas de profiteurs, qu’on sale dise.

  9. Boycotte total de le grande distribution qui ne joue pas la transparence quant à la provenance des produits qu’elle nous vend à des prix prohibitifs.

    • A constater la teneur des caddies, on dirait que les Français se complaisent dans la médiocrité, la « mal-bouffe » semble satisfaire les « consommateurs !! »
      Le smarphone et la télé ont remplacé les ustensiles de cuisine !!
      Pourquoi se battre pour ce troupeau, il existe en France des circuits Nationaux pour satisfaire les puristes ….courageux !

  10. En somme, on doit choisir entre la peste et le choléra ( halal ou brésilien), pendant que nos agriculteurs meurent de ces deux maladies

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Mélenchon est bien timide sur la loi antihomosexualité au Sénégal
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois