Editoriaux - Justice - Politique - Société - 5 octobre 2014

Derrière la GPA, la politique

Une fois encore, on “manif”. Compte tenu du passé récent, est-ce bien utile et à quoi ? Le PACS contre lequel le RPR s’était battu avec vigueur a été conforté fiscalement par l’UMP dont il est devenu un dogme appelé à être enrichi sous la forme d’un pacte d’union civile. Le mariage unisexe a été voté. Une grande partie de l’UMP s’y est opposée, mais déjà la plupart de ses membres considèrent avec un « ouf » de soulagement que l’on ne reviendra pas sur cette question. L’argument invoqué est l’existence de couples issus de ces « unions ». La réalité est que beaucoup de responsables de la majorité précédente y étaient favorables en raison des pressions internes et externes au parti, mais que la prudence vis-à-vis des électeurs demandait de ne pas mettre en évidence. Le comble de l’hypocrisie est atteint lorsqu’on dit comme l’ancien président, candidat à la présidence de son parti, que ce n’est pas le moment d’y revenir, parce qu’il y a la crise. Les manifestants devront donc se demander d’abord s’ils vont être à nouveau roulés dans la farine.

Précisément, étant totalement impuissants à résoudre les vrais problèmes pour lesquels ils ont été élus, c’est paradoxalement sur les sujets de société que les politiciens affichent leurs préférences ou leurs différences, parfois leurs évolutions. Ainsi, Nicolas Sarkozy, qui ne veut pas encombrer l’action politique par la remise en cause de la loi Taubira, souhaite constitutionnaliser l’interdiction de la gestation pour autrui. Bel effet d’annonce à la veille d’une mobilisation contre son introduction en France, mais qui risque de n’avoir aucune suite, en raison des priorités économiques et sociales qui vont s’imposer… L’excuse est déjà prête. Son jumeau de gauche, Manuel Valls, favorable naguère à la GPA, y est maintenant opposé : un geste évidemment destiné à désamorcer la contestation. En fait, l’un comme l’autre sont persuadés que la GPA se fera un jour en France et que le seul intérêt de la question est de capter, pour l’instant, une part de l’opinion. C’est plus facile qu’en annonçant un recul de l’âge de la retraite, une diminution des aides publiques et une augmentation des taxes, à quoi ils ont été condamnés l’un et l’autre, pour n’avoir pas pratiqué les réformes indispensables à temps.

Un peu de hauteur de vue permet de mieux percevoir la question et ses solutions.

Ou la politique continue à être ce qu’elle est devenue, un métier qui permet à un certain nombre d’individus de se procurer un job en faisant semblant de s’occuper des affaires des autres, et en se contentant en fait de suivre les évolutions sociales : dans ce cas, l’existence de « couples » de même sexe, les facilités accordées pour l’adoption, puis pour la procréation médicalement assistée et pour la GPA, à l’étranger pour commencer, créent des situations de fait qui entraînent des failles juridiques ou des inégalités individuelles. Avant que la loi ne tranche, la justice européenne, voire française, souligne le problème, montre l’injustice de la législation, et celle-ci se soumet à plus ou moins bref délai.

Ou la politique effarée par sa propre décrépitude connaît un sursaut miraculeux. Elle se rappelle d’abord son but : assurer le bien commun de la cité, cette communauté indépendante, dont les élus assument la conduite au nom des citoyens qu’ils représentent. Alors, les choses deviennent claires. La loi n’a pas tous les pouvoirs. Elle ne peut, malgré des désirs ou les fantasmes de quelques-uns, remettre en cause l’anthropologie. Comme le disait Jean-Louis de Lolme, le Parlement britannique peut tout faire sauf changer une femme en homme. La loi doit se contenter d’encadrer les comportements afin que ceux-ci répondent le mieux possible au bien commun.

Extrait de Pourquoi défiler ?

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