Après deux ans d’une politique qui s’est complu à défaire les rares bonnes mesures de la majorité précédente, qui a découragé l’effort et l’investissement par un matraquage fiscal inouï, et qui n’a pas procédé à une diminution sérieuse de la dépense publique, le pouvoir a d’abord changé de cap en admettant que la compétitivité et le coût du travail étaient des priorités, puis il est revenu tout penaud de Bruxelles en clamant que les efforts n’étaient plus pour demain ou après-demain, mais pour aujourd’hui : 50 milliards d’économies où l’on doit avouer que la France n’est plus un pays auquel on puisse faire confiance.

Le coup du plan de relance de 2008 et son discours dynamique sur l’investissement qui justifie le déficit et la dette, ça ne prend plus. L’affichage de la croissance face à l’austérité, ça ne marche pas davantage. Il faut être sérieux comme les Scandinaves, sinon nous devrons être austères comme les Espagnols. Cette réalité dure à avaler, une partie des députés socialistes s’y refuse. L’idéologie est, chez eux, plus forte que le réel. Ils n’ont pas été élus pour ça, qu’ils disent. Sans doute pensent-ils avoir été élus pour maintenir la retraite à 60 ans quelle que soit l’espérance de vie, le financement de la protection sociale quel que soit le nombre des chômeurs, pour augmenter la fonction publique quelle que soit la richesse du pays ? S’ils ne votent pas le plan de stabilité, le gouvernement ne tombera pas, mais sera évidemment affaibli y compris au plan international. Peu importe, c’est la gauche mythique, leur gauche qui compte et la France peut périr.

Dans un bel élan rétrospectif, l’opposition intervient alors pour compléter la reconstitution historique. Quelques députés UMP qui ont envie de se faire remarquer se rappellent le bon vieux temps sarkozyste de l’ouverture à gauche, et sont prêts à voler au secours des 50 milliards. L’UDI, cette résurrection de la momie radicale, se souvient, elle, avec délectation des Républiques précédentes, avec leurs majorités fragiles et éphémères qui donnaient tant de poids à chaque élu qui, en temps normal, n’en a guère. Elle évoque la possibilité d’un soutien ou d’une abstention bienveillante.

Apparemment, cette proposition est assortie de conditions sérieuses, que le gouvernement pourra difficilement accepter, comme le passage du temps de travail des fonctionnaires à 39 heures. Selon l’UDI, ce n’est pas 50 mais 80 milliards qu’il faut économiser. Elle a raison, et le pouvoir ne l’écoutera pas. Mais il aura entendu la petite musique de l’opposition constructive, qui pourrait devenir l’appoint d’une majorité de rechange, avec le Premier ministre de gauche le plus à droite et des élus du centre avant tout opportunistes. La logique de la Ve République et celle de l’UMP, en particulier, seraient alors remises en cause.

Mais n’est-ce pas l’exemple donné par plusieurs de nos voisins ? Un vaste centre social-libéral et européiste laisserait l’UMP, où certains font entendre un souverainisme enfin libéré, orpheline. Un nouveau paysage politique se dessinerait sur la France… celui de la troisième force chère à la IVe République. Nous n’en sommes pas là, mais l’ambiance est de retour : le Premier ministre négocie avec sa majorité, achetant avec une mesure clientéliste en faveur des fonctionnaires, ou un geste pour les petits, une fois encore décourageant pour les autres, la voix de tel ou tel parlementaire qui sera ravi d’apporter ce trophée dans sa circonscription en échange de sa voix dans l’hémicycle. Demain, les reportages seront couleur sépia…

29 avril 2014

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