Editoriaux - Politique - 6 septembre 2014

Le député Thomas Thévenoud doit-il démissionner ?

C’est quand même ballot, de se prendre les pieds dans le tapis après avoir tout fait pour devenir ministre. , éphémère secrétaire d’État au Commerce extérieur, n’avait pourtant pas ménagé sa peine : jeune, beau, fringant, le jeune apparatchik du PS, ex-cadre dans une collectivité locale, avait gravi les échelons pour décrocher ses premières étoiles politiques. Il avait réussi son cursus honorum avec une rapidité fulgurante et dans l’ordre, s’il vous plaît, quand beaucoup d’autres font tout à l’envers. Cette jeune graine de ministre était devenue maire-adjoint en 2001 à 27 ans, conseiller général de Côte-d’Or à 34 ans puis député du même département à 38 ans, avant de décrocher à 40 ans le maroquin sur lequel lorgnent des vieux de la vieille du palais Bourbon avec 35 ans de buvette derrière eux en guise de viatique.

Bref, Thévenoud était l’archétype de cette belle éclosion digne de la IIIe République. On allait voir ce qu’on allait voir. L’homme avait affiché bien haut son brevet d’exemplarité en s’opposant à “l’optimisation fiscale” de McDonald’s, en appelant les fraudeurs à la repentance, en pourfendant l’évasion fiscale. Membre de la mission d’information sur la fraude fiscale des personnes physiques, il avait qualifié l’attitude de Jérôme Cahuzac de « trahison » ! Il s’était même fendu de transparence en publiant, sur son site (aujourd’hui fermé mais visible sur le cache de Google) la répartition des 130.000 euros de sa réserve parlementaire !

C’était sans compter sur le contrôle systématique de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour tout nouveau membre du gouvernement. Ce qui prouve qu’une bonne Autorité indépendante, pour peu qu’elle veuille bien jouer son rôle, peut se révéler très utile. On peut, au passage, se demander pourquoi le contrôle ne s’effectue pas a priori et pourquoi le chef de l’État ou celui du gouvernement n’ont pas saisi cette HATVP avant la nomination du jeune Thévenoud. Sans doute la nécessité de constituer le “gouvernement de soldats” était-elle plus importante que celle de vérifier les comptes d’un jeune loup de la politique. Ou sans doute est-ce du simple amateurisme…

Sans dédouaner le député Thévenoud de ses fautes, reconnaissons qu’il joue « petit bras » au regard des autres scandales de ces dernières années. Ce fait divers, ridiculement attendrissant , se rapproche de celui d’Aquilino Morelle. Mais l’ex-ministre du Commerce extérieur doit-il retourner siéger au palais Bourbon ?

Oui, serait-on tenté de dire, parce qu’il a régularisé sa situation en payant dès le 1er septembre 12.000 euros au fisc et que la sanction vient après cette régularisation. Il a donc payé sa dette. Et il n’a pas commis de délit ou de crime et n’a pas été condamné par un quelconque tribunal. Beaucoup d’ex-délinquants siègent actuellement au gouvernement !

Non, peut-on aussi défendre, parce qu’il a failli, qu’il a trompé ses électeurs et ses collègues du palais Bourbon sur sa probité déclarée, parce qu’il a trahi le gouvernement et truandé l’État alors même que notre pays connaît au bas mot 3,5 millions de chômeurs et s’enfonce dans la misère !

En somme, laissons Thomas Thévenoud avec sa conscience !

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