Jeudi 24 avril. Comme chaque jour, sur Twitter, les « tweetos » distillent leur lot de hashtags.

Parmi les trending topics (sujets à la mode) du jour, l'on retrouve #Cestmocheunefille. Tous ceux qui le veulent sont invités à compléter ce début de phrase : #Cestmocheunefille avec des sourcils qui s'embrassent, qui parle comme un mec ou met des leggings léopard... Ce hashtag aurait sans doute été destiné, comme la plupart de ses camarades, à remplir les fonds de poubelle de la Toile si la jeune Élodie n'avait pas eu l'idée de tweeter à son tour : #Cestmocheunefille musulmane.

Ceux qui d'ordinaire ne se gênent pas pour tacler de la babtou (blanche), de la rouquine ou du laideron ont été profondément offensés. Et vous savez comme l'orgueil blessé des gens sensibles est sans remède. Il ne pardonne rien. Ses forces sont surhumaines et, d'une remarque insignifiante, il vous fait une affaire d'État. C'est ainsi que la jeune fille et son tweet ont soulevé à eux seuls une tempête monumentale chez des jeunes pour qui la montée du chômage, l'injustice quotidienne ou la mauvaise conduite de leurs pairs ne méritent même pas une pensée désapprobatrice.

Tout ce que Twitter compte de cas sociaux fébriles et d'âmes sensibles revanchardes s'est acharné sur Élodie, qui avait en plus l'immense travers de ne pas cacher sa sympathie pour le Front national. On l'insulte, on la moque, on la menace et les paroles d'apaisement ne sont pas nombreuses. Sur vingt qui lui disent d'aller brûler en enfer, un demande à ce que « Dieu la guide ». Sur trente qui proposent de lui refaire le portrait, un seul invoque la ou l'inutilité de réactions si violentes pour un commentaire si quelconque.

D'abord, la jeune fille riposte et nuance : « Je réitère mon tweet. #Cestmocheunefille musulmane . Vu comment elle est traitée ! ». Puis, submergée par la haine collective, elle désactive son compte.

On pensait alors que la nuit se chargerait d'endormir les derniers propagateurs de cette agressivité grotesque, mais le déchaînement de bassesse humaine connut son apogée le lendemain, avec l'apparition en trending topic du hashtag #DepuisOnTaViolerCommeElodie, dont l'orthographe prometteuse scandalisera presque autant les tweetos que la cruauté du propos..

Et si, cette fois, les réactions d'opposition furent plus nombreuses, le hashtag de réponse #SoutienpourElodie comptabilisera à peine une dizaine de tweets.

Twitter, ce formidable réseau où grouillent jeunesse, humour et inventivité, se révèle être souvent un vivier de haine qui ne demande qu'à déferler. On se rassure en pensant que beaucoup écrivent des choses qu'ils ne pensent même pas ou ne feraient jamais. Puis on se souvient du tout récent d'Évry, de la petite Sohane, et de la culture des tournantes dont émergea « Ni putes ni soumises ». On se rappelle – si l'on a, comme moi, connu la banlieue - les gamines publiquement chahutées pour avoir « roulé du cul », des « tchips » féminins qui accompagnent le passage d'une fille en jupe et l'on ravale son optimisme : tant de glorieux présages augurent rarement bel avenir.

ADDENDUM du Samedi 26 avril 2014, 2h30 : Un nouveau hashtag fait fureur : #DepuisTesEnCaveCommeElodieLaPute

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26 avril 2014

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