Editoriaux - Politique - 4 janvier 2019

Départ de Sylvain Fort : la Macronie prend eau de toutes parts

Rien ne va plus au Château. Après la mise à pied de Bruno Roger-Petit, éphémère porte-parole de l’Élysée, et celles, moins médiatisées, d’Ahlem Gharbi (conseillère pour l’Afrique et le Moyen-Orient) et Barbara Frugier (conseillère à la communication internationale), c’est maintenant Sylvain Fort, plume d’Emmanuel Macron, et accessoirement son conseiller « discours et mémoire », qui démissionne. Certes, il affirme au Figaro : “Nous avons une relation d’exception qui restera intacte.” Il n’empêche que sa détermination à quitter le navire en perdition demeure, elle aussi, « intacte », malgré tous les efforts déployés afin de le retenir.

Pour tout arranger, deux autres membres du premier cercle, Ismaël Emelien et Alexis Kohler, seraient eux aussi sur le départ ; mais à leur corps défendant, toutefois, pour cause d’instruction judiciaire. Au premier, issu des cercles strauss-kahniens, il est reproché de s’être procuré des images de la manifestation du 1er Mai montrant les violences contre les CRS, afin de mieux disculper celles perpétrées par Alexandre Benalla. Le second, ancien directeur de cabinet de Pierre Moscovici, est soupçonné par le parquet national financier de conflit d’intérêts avec MSC Cruises, société dont il était le directeur financier alors qu’en même temps, il fondait le mouvement En marche !

Ainsi, le départ volontaire de Sylvain Fort n’a-t-il rien de commun avec le renvoi, pour incompétence manifestement, de Roger-Petit, Gharbi et Frugier, ou la mise sur la sellette d’Emelien et Kohler pour de possibles et futurs démêlés avec la Justice. Car lui a véritablement choisi de partir. D’ailleurs, il est vraisemblable qu’il ne se soit jamais véritablement senti à l’aise dans le microcosme politicien. En effet, Sylvain Fort vient d’un tout autre monde : chevènementiste dans sa jeunesse – c’est rare, dans ce milieu –, ce passionné de musique signe une biographie autant remarquable que remarquée du chef d’orchestre Herbert von Karajan. Il tâte même de la littérature en tant que directeur de collection aux Éditions L’Arche ; là où il publie des textes oubliés de Plutarque, textes que ce deuxième prix de version grecque au concours général de 1988 ne laisse à personne d’autre que lui le soin de traduire.

Mieux : il publie encore, chez le très droitier éditeur Pierre-Guillaume de Roux, un essai aussi brillant que définitif : Saint-Exupéry Paraclet(*), consacré à l’auteur du Petit Prince. Bref, il tranche dans cet entourage présidentiel composé d’échappés d’écoles de commerce, de communicants formés à la méthode Jacques Séguéla, sûrement persuadés que le concile de Trente n’avait réuni que trente personnes et plus connus, au-delà de leurs itinéraires politiques de convenance, pour s’exprimer en une sorte de globish n’entretenant que de lointains rapports avec la langue de Marcel Aymé.

Et c’est là que la perte est cruelle pour l’Élysée, cet agrégé de lettres, homme de grande culture, ayant peut-être été le seul capable d’insuffler quelques moments de grâce à la parole présidentielle, tel qu’en témoigne le très inspiré discours en mémoire du gendarme Arnaud Beltrame. Mieux : il devait être aussi l’un des rares avec lequel Emmanuel Macron pouvait ressentir une certaine complicité intellectuelle et culturelle. L’un des rares, aussi, dont le départ ait pu intimement blesser ce Président de plus en plus isolé. Il n’est pas sûr que les discussions philosophiques à venir avec Christophe Castaner puissent suffire à combler le vide.

(*) Paraclet : néologisme forgé par saint Jérôme de Stridon dans sa traduction en latin de l’Évangile de Jean. Appliqué à l’Esprit saint, ce terme signifie « défenseur », « intercesseur » ou « consolateur ». Plus fort que le « perlimpinpin » macronien, donc.

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