Il y a là de quoi surprendre et, pour les plus émotifs, de quoi être choqués. Pourtant, cela fait belle lurette que les n’ont plus la cote. On veut soudainement ériger le patriotisme, valeur hélas largement démonétisée au sein de nos élites, en impératif absolu, dès lors qu’il s’agit de faire payer leurs impôts à des « riches » qui cherchent à y échapper. Le taux de 75% a de quoi faire fuir les plus stoïques et les plus résistants.

Pourquoi le patriotisme fiscal serait-il le seul à être vertueux ?

Que Depardieu obtienne finalement un passeport russe ou belge (ou les deux, voire un troisième) est finalement conforme à un processus de ringardisation des nationalités amorcé de longue date ; c’est également conforme à la volonté proclamée haut et fort par lui-même, dans sa lettre ouverte publiée par Le Journal du Dimanche, le 16 décembre dernier, d’être considéré comme « citoyen du monde ». Tout cela devrait plaire à ceux qui le dénigrent ou le brocardent aujourd’hui.

À une époque où des produits fabriqués hors Union européenne inondent le marché français dans des conditions de dumping social et environnemental, où des naturalisations d’opportunité permettent à des sportifs étrangers appelés en renfort de porter le maillot d’une équipe nationale de circonstance, à une époque où des contrevenants se maintenant illégalement sur le territoire français peuvent, avec l’appui d’associations et d’ spécialisés, se prévaloir de « droits », où un Président de la nouvellement élu peut se faire acclamer sur la place — symbole de la Révolution française — par une marée de drapeaux étrangers, où sont considérés comme Français des qui se sont seulement donnés la peine de naître sur le sol de mais qui ont grandi dans l’ignorance et parfois dans la haine de ce pays, on peut se demander quel est, au juste, le sens des mots « frontière » ou « nation ».

Les mots perdent leur sens mais, au fond, les gens restent ce qu’ils sont : même s’il a visiblement des comptes à régler avec les gouvernants en place, Gérard Depardieu proclame toujours son amour de la France et des Français — ce qui n’est déjà pas si mal — et il aura beau faire, demeure, jusque et y compris dans son dernier pied de nez à ceux qui l’ont traité de « minable », éminemment Français avec sa manière bien de chez nous de n’en faire qu’à sa tête, avec cette réponse en forme de défi dans le style « Vous m’avez cherché ? Vous allez me trouver ! »

Quant à ce recrutement inattendu opéré par le maître du Kremlin, Vladimir Poutine, pourquoi ne pas y voir le retour à une vieille tradition russe ? Ses prédécesseurs de Saint Petersbourg, Pierre le Grand ou Catherine II, aimaient, eux aussi, à s’entourer d’architectes, d’intellectuels ou d’artistes venus d’Europe occidentale, et en particulier de France. Cette fois, Vladimir le Grand réalise une grosse prise.

6 janvier 2013

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