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Editoriaux - Histoire - Justice - Politique - Presse - 7 mars 2017

Denis Baupin : puni sans même avoir été jugé…

Par une presse irresponsable et à cause du non-respect de l’instruction, nous avons inventé une justice encore plus expéditive que du temps des lynchages au Far-West. Vous souvenez-vous du Vert, pas vraiment très galant ? L’enquête ouverte en mai 2016 après les révélations d’accusations « d’agressions sexuelles » et de harcèlement sexuel visant le député écologiste a été classée sans suite pour prescription, au grand dam des associations féministes.

Cela aurait pu être une histoire sordide comme on les aime, dont nous aurions pu nous repaître. Les journalistes d’investigation de Mediapart, sortes de Fouquier-Tinville fusionnés avec Columbo, avaient à nouveau dévoilé l’affaire du siècle bien graveleuse : des femmes auraient été victimes du harcèlement de M. Baupin. Seulement, lesdites victimes n’ont jamais porté plainte. Autrement dit, la justice n’est pas passée et M. Baupin a été présumé coupable par les journalistes d’investigation.

Non seulement la présomption d’innocence n’a pas été respectée, mais l’accusé est déjà puni puisqu’il a été sommé de démissionner de sa fonction de vice-président de l’Assemblée nationale. Le procédé de nos inquisiteurs médiatiques est bien huilé : invoquer le « droit de savoir » puis sonner l’hallali et, une fois la proie aux abois, organiser la curée. Cette métaphore empruntée à la vènerie pour parler d’une affaire dont les protagonistes sont opposés à la chasse pourrait être cocasse, sauf que le procédé est devenu habituel et devient lourd de conséquences.

La presse a beau employer le conditionnel, le mal est fait. Le présumé coupable est déjà au pilori sans même avoir pu répondre des accusations et s’en défendre. Le procédé a été le même avec les curés prétendus pédophiles. Nous voyons les dégâts aujourd’hui, dans un autre genre, avec le dossier Fillon. Pourtant, on se souviendra que, pour d’autres affaires, l’opprobre avait été jeté sur des personnes que la justice avait ensuite innocentées. Ce fut le cas pour Dominique Baudis et dans l’affaire d’Outreau. Ces cas devraient nous inciter à la prudence. Mais qu’importe, il n’y a pas de fumée sans feu…

Naguère, après le déchaînement d’une presse à charge, le Premier ministre suggérait au cardinal Barbarin de démissionner ! Aujourd’hui, c’est M. Fillon qui est prié de passer la main… Pourquoi la présomption d’innocence et le secret de l’instruction ne s’appliqueraient-ils pas aux personnes publiques, y compris les politiques ? Mais il faut bien vendre du papier, faire le buzz, remplir les chaînes d’information en continu et assouvir les bas instincts d’un public avide de scandales.

Nous savions que le quatrième pouvoir pouvait dénoncer. Nous saurons, désormais, qu’il a annexé le pouvoir judiciaire, et parfois le pouvoir exécutif lorsqu’il s’agit de personnalités politiques. En somme, la presse a tous les pouvoirs, mais ne souffre d’aucun tempérament – là est l’injustice.

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