Editoriaux - Politique - Santé - Société - 29 septembre 2014

Et si la démocratie n’avait été qu’un détour ?

Contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, Hong Kong – ville magnifique à bien des égards – est devenue, sous la férule de Pékin, l’une des villes du monde où les inégalités sont les plus criantes. Même avec un taux de chômage extrêmement bas, ce territoire par ailleurs florissant compte 1,5 million de pauvres, soit 20 % de la population. Illustration : à quelques centaines de mètres de luxueux penthouse (“appartements”) dont le prix minimum tourne autour de 1,5 million d’euros, quelque 50.000 personnes vivent dans des cages en fer de deux mètres carrés. La spéculation immobilière, l’absence de salaire minimum et, d’une manière générale, l’absence de prestations sociales hormis dans le domaine de la santé sont les explications les plus couramment avancées : tout le monde travaille, mais à quelles conditions !

Ces derniers jours, la tension entre Pékin et Hong Kong est montée d’un cran. Les habitants de l’ex-enclave britannique sont sortis en masse dans la rue et la police a fait usage de la force. Le fait est suffisamment rare pour y prêter attention. L’objet de la discorde ? Les élections de 2017 pour lesquelles le gouvernement de Pékin semble revenir sur ses promesses. Plus précisément, aux termes d’un accord qui remonte à 1997, accord dit d’« un État, deux systèmes », Pékin s’était engagé à offrir aux habitants de Hong Kong le droit de se choisir démocratiquement leur leader à partir de 2017. Or, voici que le gouvernement chinois souhaite assortir ce privilège d’une condition. Et quelle condition ! La liste des candidats devra au préalable recevoir l’accord d’un comité ad hoc sous le contrôle exclusif de Pékin. Bref, en langue vulgaire, cela signifie que les hongkongais se sont fait complètement niquer.

Pourtant, cela ne vous rappelle rien ? Moi si. Un certain référendum en 2005, un NON du peuple transformé en OUI des parlementaires. Ou encore une certaine réforme constitutionnelle de 2008 offrant au peuple français la possibilité de recourir au référendum d’initiative populaire, mais en l’assortissant de conditions telles qu’il ne puisse jamais avoir lieu. Ça ne vous rappelle pas aussi ce fameux pacte républicain, tiré de je ne sais quel chapeau mais certainement pas de la Constitution de 1958, dont le but est d’interdire de fait toute participation du FN à la vie politique et de garantir que le chef de l’État est toujours choisi parmi les rangs de l’UMPS.

Dans bien des domaines, la Chine préfigure la société mondialisée de demain. C’est en tout cas vrai en économie puisque le libéralisme que l’on va nous imposer revient ni plus ni moins à se caler sur les « standards » sociaux chinois quelque peu améliorés. Et si c’était vrai aussi dans le domaine politique ? Et si la Chine n’avait pas, en fin de compte, fait l’économie de la révolution démocratique lors du Printemps de Pékin de 1989 pour « sauter » directement vers la case où nous allons tous aboutir, une « dictature libérale » qui offrirait aux plus dégourdis la carotte de la richesse – probablement au prix d’une frange significative de la population réduite à une forme d’esclavage « soft » – moyennant l’abandon de toute contestation de nature politique.

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