Agriculture - Armées - Editoriaux - Justice - Table - 25 juillet 2015

“Dehors, les nouveaux gabelous !”

Tout l’Ancien Régime et tout le XIXe siècle ont été traversés par une multitude de révoltes paysannes. On a qualifié ces révoltes d’« émotions frumentaires » parce que leur cause était le manque de pain, pain qui constituait à l’époque 80 % de l’alimentation. Les gens se soulevaient par dizaine de milliers en “armées de souffrance” et leurs actes étaient d’une très grande violence. Ils étripaient les agents du fisc qui s’en mettaient plein les poches sur leur dos, agents du fisc qu’on appelait alors “chevaucheurs” ou “gabelous”. Puis l’armée du roi intervenait avec la même violence et massacrait toutes ces pauvres foules affamées.

Aujourd’hui, les paysans qui manifestent semblent de doux agneaux. Ils ne font que des barrages routiers et que déverser devant les préfectures et les grandes surfaces des pneus et du fumier. Mais ils sont, à bien y réfléchir, les héritiers des révoltés d’hier. Depuis pourtant, la démocratie est passée par là. Alors, mon Dieu, qu’est-ce qui peut bien expliquer cette colère ? Car c’est vrai, quand on y pense un peu, en démocratie “tout le monde il est heureux”, tout le monde travaille et gagne normalement son pain. C’est dans la logique des choses. Et donc, toute cette agitation n’est pas normale : alors, qu’est-ce qu’il se passe ? Eh bien, il se passe qu’en 2015, rien n’a vraiment changé, c’est toujours l’Ancien Régime, mais avec un peu de crème en plus, c’est tout… Les gabelous sont toujours là, qui s’empiffrent sur le travail des paysans. Ce ne sont plus les agents du roi mais les agents du capitalisme (de la grande distribution, pour être clair) et qui font, comme les autres charognards autrefois, la pluie et le beau temps.

Alors le gouvernement, avec son aide de 600 millions d’euros, les fait bien rire, nos gabelous d’aujourd’hui. Mais surtout, il les conforte parce que, ne changeant pas le fond des choses, il légitime leurs pratiques de voyous sans scrupules qu’ils peuvent poursuivre sans s’inquiéter. D’ailleurs, il ne lui vient même pas l’idée de s’insérer dans le jeu des acteurs concernés puisque les socialistes qui le composent, ce gouvernement, se sont convertis depuis belle lurette à l’ultralibéralisme. Et l’ultralibéralisme, c’est laisser les loups dévorer qui ils veulent et comme ils l’entendent, sans être importunés par qui que ce soit, et surtout pas par l’État. C’est ce qui explique que le Président et le Premier ministre sont tout lénifiants avec des phrases adressées aux gabelous du genre : “Allez les gars, soyez pas trop… vaches avec nos paysans, c’est eux qui nous font vivre quand même, hein ?” Dans un mois, dans six mois, dans un an, le même problème va se reposer, d’autant d’ailleurs que son aide aujourd’hui n’a que des effets ponctuels. C’est d’une évidence incontournable. Ce qu’il faut ? C’est mettre un grand coup de pied dans cette fourmilière et réactualiser l’abolition des privilèges proclamée le 4 août 1789. (Ça tombe bien, le 4 août, c’est dans quelques jours : cela fera un sacré bel anniversaire !) Car nos “chevaucheurs” de la grande distribution, la voilà, la noblesse d’aujourd’hui ! Et cette grande lessive à faire tout de suite, cela permettra d’établir une saine équité économique, non seulement au bénéfice des paysans, mais aussi à celui des petits patrons de PME qui, eux aussi, sont pris à la gorge par les mêmes accapareurs.

Aussi, un gouvernement qui serait un véritable gouvernement, c’est-à-dire qui ferait preuve de virilité – qualité rare, il est vrai aujourd’hui -, dirait à tous ces gabelous : “Messieurs, je vous donne une semaine pour établir des prix justes pour les paysans mais aussi pour tous vos interlocuteurs économiques… et sans augmenter les prix pour les consommateurs, évidemment ! En réduisant vos marges et vos pratiques de bandits de grand chemin. Passée cette semaine, si je ne les ai pas sous les yeux, c’est moi qui m’en occuperai.” Après tout, la Convention avait bien imposé la loi du maximum, sauvant tant de gens de la famine, alors pourquoi pas ? On a tellement tous besoin de justice !

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