C’est donc un défilé du 14 Juillet, Covid-19 oblige, en rupture avec la tradition que vont vivre, cette année, les Français. Je veux parler du défilé à Paris puisque, en principe, les villes-préfectures ont droit, elles aussi, à leur défilé, plus modeste, présidé par le préfet. Un déploiement de troupes riquiqui, un défilé riquiqui autour de la place de la Concorde : 2.000 hommes et femmes, contre plus de 4.000 les autres années. Pas de défilé motorisé. Pas de défilé de la Légion au pas lent. Mais des avions (52), des hélicoptères (20). Presque pas de public : 2.000 invités dans les tribunes, autant que d’acteurs. Cela confine au théâtre d’art et d’essai.

En rupture avec la tradition ? Tout dépend à quand on fait remonter cette tradition ! Qui se souvient que Valéry Giscard d’Estaing s’amusa à déplacer le défilé dans Paris durant son septennat ? 1974, année de son élection : ce fut entre la Bastille et la République. Giscard, qui avait des prétentions aristocratiques mais, en même temps, voulait faire peuple, investissait ainsi un espace traditionnellement dévolu à la gauche et aux syndicats. En 1979, il renversa la vapeur en faisant défiler les troupes de la République à la Bastille. Mais au cours de son règne, il déplaça aussi le spectacle à Vincennes (1975) et à l’École militaire (1977), sans oublier les Champs-Élysées (1976 et 1980). On imagine le casse-tête que cela devait représenter pour les organisateurs qui devaient se « réinventer » à chaque fois, comme on ne disait pas encore à l’époque.

Plus loin dans le temps, en 1946, le défilé eut lieu aussi à la Bastille. La cérémonie était présidée par Georges Bidault (1899-1983), président du Gouvernement provisoire de la République française et, donc, chef de l’État, le général de Gaulle ayant démissionné en janvier de la même année. Quelques jours auparavant, une conférence s’était réunie à Fontainebleau pour tenter de trouver un accord avec le Việt Minh. Hô Chi Minh dirigeant la délégation, il se retrouva, le 14 juillet, dans la tribune officielle. Non loin de lui, le général de Lattre de Tassigny, qui le combattra moins de cinq ans plus tard en Indochine. Un film d’époque nous montre les troupes défilant sous la réclame PurOdor, le désinfectant qui sent bon ! On ne faisait pas encore attention à tous ces détails…

Toujours plus loin encore, évidemment, comment ne pas évoquer le premier grand défilé militaire de la IIIe République et ancêtre de tous les défilés qui suivirent : celui de 1880 qui n’eut pas lieu sur les Champs-Élysées mais sur l’hippodrome de Longchamp. Manifestation grandiose immortalisée par le peintre Detaille. 300.000 spectateurs assistèrent à cette parade présidée par le Président Jules Grévy qui arriva en calèche, accueilli par une salve de vingt et un coups de canon, tirée depuis les rives de la Seine. Le général Farre, ministre de la Guerre, entouré de quarante généraux : tous à cheval, ministre compris. Faites ça, aujourd’hui ! Un cérémonial royal, impérial, enfin tout, sauf minable. Il est vrai que la République balbutiait du haut de ses dix ans, qu’il fallait bien s’inspirer quelque part et montrer ses jeunes muscles.

À cette occasion, le chef de l’État remit aux régiments reconstitués après la défaite de 1870 leurs nouveaux drapeaux et étendards dans les plis desquels étaient brodées les inscriptions « Honneur et Patrie » et « République française ». Aujourd’hui, c’est toujours les mêmes inscriptions brodées d’or. Ce jour-là, le 14 juillet devenait fête nationale et fête de l’armée. Il y a 140 ans.

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